La musique, enjeu de santé publique

Antoine Pecqueur 27/11/2019
Le secteur de la santé est en crise. Sa mobilisation mi-novembre a rappelé le dramatique manque de moyens dont souffre l’hôpital public. Le “plan urgence” présenté par le gouvernement (avec notamment un financement supplémentaire de 1,5 milliard d’euros sur trois ans) n’aura pas suffi à apaiser les tensions.
L’Isni, le principal syndicat d’internes, a appelé à une grève illimitée dans les hôpitaux à partir du 10 décembre. La concomitance avec les grèves dans les transports s’annonce comme un test politique grandeur nature pour le gouvernement.
C’est dans ce contexte que nous avons souhaité consacrer une grande partie de ce numéro à la santé. Ce thème doit se lire dans deux directions : la propre santé des musiciens et ce qu’ils apportent au secteur médical. Et sur les deux plans, il y a urgence, là aussi. L’usage des bêtabloquants, comme le montre l’article de Coline Garré, journaliste au Quotidien du médecin, peut s’apparenter dans bien des cas à une forme de dopage pour améliorer ses performances.
Les chiffres de consommation, en particulier aux États-Unis, ne manqueront pas d’interpeller. Heureusement, d’un autre côté, les musiciens sont aussi de plus en plus nombreux à prendre soin d’eux, à travailler avec des kinésithérapeutes (on le voit en images avec le portfoliode Jean-Baptiste Millot), mais aussi des sophrologues ou des psychologues. Le développement des pédagogies alternatives, comme la technique Alexander, va dans ce sens. D’un point de vue économique, les mutuelles l’ont d’ailleurs bien compris en mettant en place des lieux consacrés à la santé des artistes.
La gageure est que le musicien doit prendre soin de lui-même tout en prenant soin des autres. Car plus que jamais, il a une place essentielle à occuper dans les lieux médicaux, les hôpitaux mais également les centres d’accueil psychiatriques, les Ehpad… Le cas des malades d’Alzheimer est tout particulièrement saisissant ; certains patients peuvent ne plus reconnaître leurs proches, mais arrivent toujours à se remémorer une mélodie, la musique n’étant pas liée à la même partie du cerveau. Les arts doivent être impérativement pris en compte face au vieillissement de la population.En même temps, il faut que la musique soit présente dès le plus jeune âge.
Le rapport de Sophie Marinopoulos, qui est sans conteste l’un des documents les plus pertinents rendus depuis longtemps au ministère de la Culture, l’illustre parfaitement : la santé culturelle commence dès le plus jeune âge. Plus les enfants passeront du temps dans un univers artistique, moins ils seront devant un écran (smartphone ou tablette, dont l’impact sur la santé s’annonce inquiétant).
Espérons que, contrairement à la plupart des rapports ministériels, celui-ci ne restera pas lettre morte sur le bureau du ministre – d’autant qu’il avait été commandé par la prédécesseure de Franck Riester. Nous ne pourrions croire que des problèmes d’ego freinent des questions de santé.
La suite de l'article ( %) est réservée aux abonnés...
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous