« Mariss Jansons était à la recherche du Graal musical »

Antoine Pecqueur 01/12/2019

Clarinette solo de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, le musicien français Olivier Patey réagit à la mort, dimanche 1er décembre, de Mariss Jansons,qui fut le directeur musical du Concertgebouw de 2004 à 2015.

« Pour Mariss Jansons, la musique était une religion. Il la défendait à l’état pur, et emmenait tout l’Orchestre exactement où il voulait. Il était à la recherche du graal musical. Il nous impressionnait tant d’un point de vue intellectuel, avec une connaissance absolue du contexte historique des pièces, que sensible, en transmettant son ressenti des œuvres. Il était extrêmement perfectionniste : c’était un forçat de la répétition ! Il ne laissait aucun détail au hasard, qu’il s’agisse d’un choix d’articulation, de dynamique. Il était immensément précis, mais avec toujours une vision générale de l’œuvre, connectant le microscopique au global.
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Mariss était tout particulièrement fascinant dans la musique russe : les symphonies de Tchaïkovski, Chostakovitch, Prokofiev…  mais aussi dans la musique de Mahler. Je n’oublierai jamais son interprétation de la Symphonie n°2 “Résurrection” que nous avons donné en 2013 à Saint-Pétersbourg, la ville où il a passé une grande partie de sa vie. A la fin du concert, on voyait des musiciens et des spectateurs littéralement pleurer. Ce concert était d’une intensité rare.

« La générosité de l’homme »

Lors d’une tournée en Australie, en 2013, nous avons cru qu’il allait mourir sur scène. Il était comme en lévitation, on avait l’impression qu’il attendait la faucheuse… Je pense qu’il aurait voulu mourir sur scène comme son père, Arvids Jansons. 

Je me souviens de sa générosité, de son humanité. A Saint-Pétersbourg, après un concert, il avait loué un vieux palais russe et avait organisé une réception pour l’ensemble des musiciens. Il attendait chacun, qu’il soit membre de l’Orchestre ou même supplémentaire, sur le parvis pour l’accueillir personnellement. C’était une soirée incroyable !

Nous avons tous été attristés quand il nous a annoncés en 2014 qu’il terminait son mandat avec l’Orchestre du Concertgebouw et qu’il continuait à la tête de l’Orchestre de la radio bavaroise. Mais ce choix s’explique en partie parce que Mariss, qui parlait parfaitement l’allemand, se sentait plus chez lui à Munich qu’à Amsterdam.

Ce matin, en apprenant sa mort, je n’ai pu m’empêcher de pleurer. Nous avions des concerts programmés avec lui cette saison, nous voulions tellement encore apprendre à ses côtés. Mais je me dis que j’ai déjà été tellement privilégié de pouvoir jouer avec lui. Au-delà du chef, c’est l’homme dans son intégralité que je n’oublierai jamais. »

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