Jean-Paul Quennesson : « Le plan d’économies de Radio France est un carnage pour le Chœur »

Mathilde Blayo 02/12/2019
L’orchestre national de France a fait grève jeudi 28 et samedi 30 novembre en réaction au plan de réduction budgétaire annoncé par la présidence de Radio France. Jean-Paul Quennesson, corniste et délégué syndical (Sud) à l’Orchestre national de France, revient sur les raisons de la grève, et notamment ses conséquences sur le Chœur.
Quel est l’impact du plan d’économies sur les formations musicales de Radio France ?
Quatre postes sont supprimés dans les orchestres (national de France et philharmonique de Radio France) sur la base d’un plan de départs volontaires.
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Pour l’Orchestre national de France, deux postes sont éligibles au départ mais les personnes concernées sont loin de la retraite. Le plan ne prévoit pas de départs contraints, donc il faudra du temps pour atteindre ces objectifs.
En revanche, pour le Chœur c’est un véritable carnage avec la suppression de 33 postes. Ce chœur est un superbe instrument de musique, un joyau de Radio France. Il a une singularité : le volume, l’ampleur nécessaire pour pouvoir vivre et travailler avec les deux formations symphoniques de Radio France, dans un répertoire diversifié. S’attaquer à lui comme cela, c’est le réduire à la taille des ensembles vocaux tels qu’on les connaît un peu partout.
Que dit ce plan de la place de la musique à Radio France ?
Ce que nous notons, c’est l’absence d’une vision artistique puissante et d’une stratégie qui permette aux formations musicales de porter un grand projet, notamment de défendre la création contemporaine. L’histoire des trois formations est liée à la création, mais celle-ci a de moins en moins de place.
Le bureau de la création musicale est visé. Chargé de la musique de chambre, c’était jusqu’ici un lieu d’accueil pour les artistes dans des configurations différentes de celle des grands orchestres. Mais le poste de responsable de la programmation de la création musicale va être supprimé.
Nous pouvons entendre que les temps sont durs. Mais discutons ensemble des priorités, de ce qui est nécessaire à la richesse du service public. Les responsables ne voient pas la nécessité de donner des moyens aux composantes les plus fragiles de Radio France, les moins évidentes. Ce projet entérine l’idée que la musique serait une activité accessoire et coûteuse. Nous ne raisonnons pas à des fins corporatistes, mais parce que la nécessité de musique s’affirme pour nous comme une évidence.
Quelles suites allez-vous donner à votre mobilisation ?
Jeudi soir nous étions 90 % de grévistes, avec une adhésion de 100 % des musiciens. Cette première séquence a montré que nous sommes capables de mobiliser. Il est clair qu’on ne pourra faire bouger les lignes que sur un rapport de force et la mobilisation est indispensable. Les syndicats ont posé un préavis pour la grève nationale du 5 décembre, date d’un concert de l’orchestre national. De toute façon, il est possible qu’avec les problèmes de transport ce concert n’ait pas lieu. Mais nous voterons tous ensemble avec les musiciens, au dernier moment. D’ici là, nous espérons être entendus.

Propos recueillis par Mathilde Blayo

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