Dimitri Leroy : «Les étudiants des écoles supérieures de musique et de danse doivent être mieux représentés»

Suzanne Gervais 20/12/2019

Le violoncelliste de 25 ans, actuellement en cursus CA au CNSMD de Paris, a créé, avec plusieurs collègues élus aux instances des établissements, l’Association nationale pour les étudiants danseurs et musiciens (ANEDEM). Une première.

Comment est né le projet d’association nationale ?
A la suite de la loi de 2016, le ministère de la Culture a créé le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche artistiques et culturels, le CNESERAC : j’étais alors étudiant au CNSMD de Lyon, et membre du conseil d’administration du conservatoire. Après les élections qui nous ont portés au CNESERAC pour y représenter les étudiants du spectacle vivant, nous avons pris conscience du manque frappant de représentation des étudiants musiciens et danseurs à l’échelle nationale...

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Il y a parfois une association d’élèves locale, dans les établissements, mais elle s’occupe surtout de vie étudiante et reste souvent relativement isolée. D’autre part, les organisations ou syndicats étudiants, présents dans les universités, restent relativement effacés dans nos conservatoires. Grâce à la fois à l’engagement du bureau de la représentation étudiante du CNSMD de Lyon, très actif, et à la rencontre avec les étudiants représentants d’autres filières, notamment l’architecture, très bien organisée au niveau national, nous avons commencé à réfléchir à la création d’une association d’envergure nationale. Les statuts ont été déposés l’été dernier.

Comment fonctionne l’ANEDEM ?
Pour l’heure, nous avons opté pour le fonctionnement le plus simple possible – un conseil d’administration et un bureau assez traditionnels – car l’important est de prendre contact avec les étudiants et élus étudiants de chaque établissement, pour les associer à nos réflexions et discussions. Pour le moment, nous sommes présents au CNSMD de Lyon bien sûr, mais aussi dans les Pôles supérieurs de Lille, Bordeaux, Poitiers, au Pôle supérieur Paris-Boulogne-Billancourt et le CNSMD de Paris, et discutons avec plusieurs autres directeurs. Mais d’ici quelques mois, une fois tous les établissements associés à notre travail, nous réorganiserons nos instances afin d’instituer un véritable système basé sur la consultation des étudiants sur le terrain et une représentation respectant strictement la parité femme-homme et l’équilibre entre musique et danse. A ce niveau, une co-présidence de l’association respectant les deux critères serait idéale ! L’adhésion est gratuite, et les étudiants peuvent nous contacter par mail sur les réseaux sociaux.

Quels sont les prochains chantiers ?
Ils sont nombreux ! Le premier serait sans doute de développer la structuration des représentations étudiantes – il existe encore certains établissements qui n’ont pas de représentant étudiant dans leur conseil d’administration – et de les articuler au réseau national. Je remarque que l’intérêt des étudiants pour participer à la vie de l’établissement se développe beaucoup en ce moment, et l’un des rôles de l’association pourra être d’apporter aux élus les informations utiles sur les réformes qui les concernent. Ensuite, viennent les questions de harcèlement, absolument essentielles : la sensibilisation et l’information des étudiants sur leurs droits – du point de vue juridique – en cas de harcèlement moral ou sexuel, mais aussi la sensibilisation des professeurs sur tout ce qui tient aux pressions pédagogiques sont autant de sujets capitaux dont il faut s’emparer. Viendraient ensuite les questions de santé étudiante, qu’il s’agisse de santé générale ou d’étude et de compréhension des maladies plus strictement inhérentes à nos métiers. La question de la transition écologique est également une préoccupation majeure des étudiants, qui pourraient d’ailleurs être force de proposition sur ces sujets. L’association des étudiants du CNSMD de Lyon, par exemple, réfléchit beaucoup à ces sujets – création d’un potager partagé, réflexion sur les circuits alimentaires courts avec des producteurs locaux... Enfin, la question du valant grade Licence pour le Diplôme national supérieur professionnel que nous passons en fin de premier cycle méritera sans doute une réflexion approfondie. Une chose est sûre, nous avons du travail !

Quel est votre argument, pour convaincre les étudiants d’adhérer à l’association ?
Le réseau de l’association permet de mettre en commun les expériences de participation des étudiants à la vie des conservatoires, autant sur l’imagination de dispositifs que sur leur mise en place. De plus, notre travail au CNESERAC nous permet de tenir informés nos adhérents de l’évolution des pratiques pédagogiques et des nouveaux textes, qui passent souvent complètement inaperçus auprès du public étudiant. Cette connaissance et cette mise en lien sont pourtant cruciales pour un étudiant désireux de s’intégrer sur le marché du travail. L’association permet aussi de communiquer plus facilement avec les directions et le ministère, qui sont vraiment preneurs d’initiatives et de propositions de notre part. Enfin, l’ANEDEM est en contact avec le Student Working Group de l’Association européenne des conservatoires (AEC), qui rassemble des étudiants et représentants étudiants de l’Europe entière. Ils ont notamment produit un document très intéressant pour aider les directions d’établissements à structurer une représentation étudiante : il est en anglais, mais l’équipe travaille actuellement à la publication d’une version aménagée, en français : ce sera comme un guide pratique du représentant étudiant.

Propos recueillis par Suzanne Gervais

 

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