La mode, indémodable ?

Antoine Pecqueur 06/01/2020

Pour le premier numéro de cette nouvelle année – que nous vous souhaitons, chères lectrices et chers lecteurs, la plus captivante possible –, nous avons choisi comme thème la mode. Un sujet anecdotique ? Les pages qui vont suivre devraient vous démontrer le contraire.

Le terme même de mode est à prendre à différents niveaux. C’est évidemment l’occasion d’aborder la question des tenues de musiciens. L’article de Cécile Kubik – qui est à la fois violoniste et chercheuse en musicologie – nous offre une plongée historique passionnante pour comprendre l’évolution des vêtements de concert. Celle-ci se fait le miroir de la société : c’est notamment à travers les tenues que se joue la question centrale de l’égalité entre femmes et hommes. Et aujourd’hui, le débat fait rage : faut-il conserver les costumes “traditionnels” pour affirmer le rituel du concert ou, au contraire, privilégier des vêtements moins officiels dans un but d’ouverture à de nouveaux publics ?

Sans doute, à l’avenir, les créateurs de mode pourront-ils aussi prendre davantage part à cette réinvention des tenues de musiciens. D’autant que les couturiers flirtent de plus
en plus avec le champ artistique. Les maisons d’opéra font ainsi très régulièrement appel à Christian Lacroix pour les costumes de leurs productions (comme ce fut le cas pour Fortunio de Messager à l’Opéra-Comique, en décembre dernier, à découvrir avec le portfolio de Guillaume de Laubier).
À l’inverse, la musique classique s’invite de plus en plus dans les défilés de haute couture, offrant un nouveau terrain de jeu aux musiciens.

Mais traiter de la mode, c’est aussi s’interroger sur ce que signifie être à la mode. Dans son regard philosophique, Dorian Astor nous apporte de précieuses clés. Cette question peut se poser pour différents articles d’actualité présents dans ce numéro. La mode va-t-elle être à l’auto-entrepreneuriat pour les enseignants en écoles de musique ? Le cas de la commune de Simiane-Collongue, étudié dans notre enquête, n’est pas isolé, loin de là. Cette tendance se révèle inquiétante, tant elle participe à une précarisation des enseignants et à une déconnexion avec les territoires.

L’enseignement de la musique au lycée est, lui aussi, menacé. La réforme mise en place par Jean-Michel Blanquer est en train de réduire les effectifs et donc d’entraîner d’éventuelles disparitions de classes. Le paradoxe est que ce soit le même ministre de l’Éducation nationale qui ait lancé en début de quinquennat le plan chorale à l’école… Toute la gageure de la politique du « en même temps ».

Comment saisir la différence entre des tendances de fond et des effets de mode ? C’est l’enjeu de notre travail journalistique. Comme l’écrivait si bien Charles Enderlin, correspondant pendant de nombreuses années en Israël, « le journaliste est spectateur au théâtre de l’histoire ». Une histoire en train de s’écrire, qu’il convient de décrypter avec le plus de rigueur possible, pour faire ressortir les modes qui seront les plus indémodables.

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