Nationalisme orchestral

Alain Pâris 06/01/2020

Vecteur privilégié des aspirations nationalistes au 19e siècle, le répertoire symphonique comporte des trésors parfois méconnus.

Smetana a été l’un des premiers chantres de la musique nationale tchèque. En Occident, parmi les six poèmes symphoniques du cycle Ma vlast (“Ma patrie”), on ne joue que La Moldau, ce qui n’est pas le cas en République tchèque, où le festival du Printemps de Prague s’ouvre chaque année sur une intégrale de cette somme emblématique. L’édition Urtext entreprise par Bärenreiter se poursuit avec Vysehrad, le premier volet (1874).

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C’est l’histoire du château qui domine Prague, avec son étonnant solo initial des harpes qui annonce la chanson du barde. Hugh Macdonald a repris le manuscrit et les épreuves corrigées par le compositeur pour supprimer les nombreuses erreurs figurant dans l’édition d’origine.

La harpe du barde ouvre également la Rhapsodie slave n° 3 de Dvorak, légèrement postérieure aux poèmes symphoniques de Smetana. Pas de programme sous-jacent, mais toute l’exubérance de la musique populaire tchèque, qui trouvera peu après son aboutissement dans les fameuses Danses slaves. Le travail éditorial de Robert Simon était indispensable, car Dvorak était visiblement sous pression : le manuscrit, souvent incohérent, ne peut servir que de source secondaire pour corriger la première édition. Les trois rhapsodies sont maintenant disponibles séparément (Bärenreiter).

Au rayon des best-sellers, il y a Finlandia de Sibelius : à peine créée avec succès à Helsinki, elle fut choisie en 1900 pour figurer au programme de la tournée de l’orchestre de la Société philharmonique, dont le point de mire était l’Exposition universelle de Paris. On jouait alors sur manuscrit. Passant d’un hôtel à un autre, Sibelius perdit la grande partition, qu’il fallut reconstituer d’après les parties d’orchestre pour pouvoir l’éditer. On imagine les fautes qui purent se glisser au cours de cette opération. Dans le cadre de l’édition monumentale entreprise par Breitkopf, Finlandia figurera avec le commentaire critique dans le volume 22. Mais la partition et le matériel sont déjà disponibles séparément.

Pour revenir à Dvorak, une nouvelle édition de la Symphonie “du Nouveau Monde” chez Bärenreiter excitera plus d’un curieux. Jonathan Del Mar, infatigable chercheur qui ne se limite pas à Beethoven, a mis la main sur une source fondamentale : le texte d’une conférence tenue à New York par Dvorak peu après la création de sa symphonie. Il y donne, exemples à l’appui, des précisions sur différents points pour lesquels les autres sources (manuscrit, matériel d’orchestre de la création, première édition) sont en conflit. Et ça ne se limite pas à quelques subtilités davantage perceptibles à la lecture qu’à l’audition : dès le début, l’appel des cors est décalé d’une croche ; plus loin, à la coda du premier mouvement, ce sont les trompettes (si au lieu de do, et ça s’entend !) ; dans le scherzo, les clarinettes… En fait, ces différences étaient connues, mais les musicologues ne savaient comment trancher. Le débat est clos… pour l’instant.

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