Stravinsky et Chanel

André Peyrègne 06/01/2020

Il y a cent ans, le compositeur et la créatrice de mode ont entretenu une relation mouvementée.

Coco Chanel était désemparée. Elle se trouvait, certes, à la tête d’une maison de couture florissante malgré les années de guerre, on parlait d’elle dans les journaux américains, mais, sur le plan personnel, elle était en plein désarroi. Elle venait de perdre « l’homme de [sa] vie », Boy Capel.

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L’amant, le protecteur, le milliardaire qui avait financé son atelier parisien et ses deux premières boutiques de Deauville et Biarritz, avait été tué dans un accident de la route près de Fréjus le 22 décembre 1919.

C’est alors que Stravinsky entra dans sa vie. Le compositeur russe avait passé en Suisse les années de guerre (il y avait composé L’Histoire du soldat) et voulait revenir à Paris. Coco Chanel offre de l’héberger dans sa propriété Bel Respiro à Garches. Le compositeur y débarque avec sa femme Catherine et leurs quatre enfants, Théodore, Ludmila, Sviatoslav, Milène.

L’éducation des enfants est assurée par deux précepteurs : un homme pour les garçons, une institutrice venue de Lausanne pour les filles. Stravinsky compose­ des pièces enfantines pour le piano. Il sent monter en lui un irrépressible amour pour Coco Chanel. Celle-ci s’étant rendue dans sa boutique de Biarritz était revenue en suggérant que le climat y serait meilleur que celui de Paris pour la santé fragile de Catherine. Stravinsky y enverra toute sa famille. Il restera seul avec Coco Chanel à Paris.

Jamais la grande musique et la haute couture ne seront aussi intimes ! Coco Chanel donne 300 000 francs à Diaghilev pour qu’il reprenne Le Sacre du printemps avec ses Ballets russes. Cela se passe le 15 décembre 1920 dans la chorégraphie de Massine – Nijinski, le chorégraphe de la création, étant devenu fou et ayant été interné. En accomplissant ce mécénat, Coco Chanel s’attire la jalousie d’une de ses amies, Misia Sert. « Je suis suffoquée par le chagrin quand je pense que Stravinsky a accepté de l’argent de toi », aurait-elle dit à Coco Chanel, selon son biographe, l’écrivain Paul Morand.

La liaison entre elle et Stravinsky dura plusieurs mois. Avec quelques interruptions. Ainsi Coco Chanel se rendit-elle à Grasse pour rencontrer le parfumeur Ernest Beaux afin de créer son propre parfum. « Que choisissez-vous parmi ces fragrances numérotées ? » lui demanda-t-il. Elle avait le choix entre les numéros 1 à 24.

Au printemps 1921, Stravinsky se rend en Espagne pour rejoindre les Ballets russes. Il invite Coco à le suivre. Elle retarde sa venue pour aller rendre visite au grand-duc Dimitri à Monte-Carlo. Misia Sert envoie alors un télégramme à Stravinsky : « Coco est une midinette qui préfère les grands-ducs aux artistes. » Stravinsky enrage. Diaghilev souffle à Coco : « N’y va pas, il te tuerait ! »

Et c’est ainsi que s’acheva l’idylle entre Stravinsky et Coco Chanel. La période aura été inégalement créatrice pour les deux artistes. Stravinsky n’a composé que sa Symphonie pour instruments à vent. Mais Chanel créa le parfum pour lequel elle avait répondu au parfumeur de Grasse : « Le numéro 5 ».

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