Faible mobilisation des enseignants de conservatoire contre la réforme des retraites

Mathilde Blayo 07/01/2020
Depuis le début de la grève contre la réforme des retraites, le monde de la culture se mobilise. Les techniciens de l’Opéra de Paris ont été rejoints par les danseurs du Ballet, pour la première fois depuis 1984. Dans les conservatoires les étudiants s’organisent et leurs banderoles dans les manifestations affichent leur volonté « d’en être ». Une énergie qu’ils aimeraient transmettre à leurs enseignants, jusqu’ici peu représentés dans la grève.

« Lors de la manifestation du 17 décembre, nous n’étions que deux ou trois aux côtés des étudiants », rapporte Fabrice Pierre, enseignant de harpe et responsable de l’atelier de musique contemporaine au CNSMD de Lyon. Le Conservatoire compte pourtant 200 professeurs. 

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« Beaucoup ne se sentent pas concernés, pensent qu’ils ne font pas de politique, considère Fabrice Pierre. Nombreux sont là en deuxième poste et sont solistes, jouent en orchestre, avec lesquels ils ont d’ailleurs pu s’engager davantage contre la réforme. »

Même constat en région parisienne où Gaël Ascal enseigne la contrebasse aux conservatoires du Raincy et du Pré-Saint-Gervais. Il témoigne lui-même d’un manque d’engagement. « On est nombreux à être dans une certaine forme d’insouciance ou de déni de ces questions. J’ai commencé à travailler avec des petits boulots avant de devenir contractuel dans les conservatoires, dans un système précaire, en bas de l’échelle, en me vivant davantage comme un artiste musicien que comme un enseignant. »  La précarité de l’intermittence, la nécessité d’être toujours en recherche de projets et les carrières en pointillé donnent à certains enseignants-musiciens « une capacité de projection dans l’avenir à un ou deux ans », explique Gaël Ascal. « J’ai l’impression que le jour où je ferai le compte de mes points de retraite ce sera absolument désastreux. On est dans une forme de fatalisme et je ne suis pas fier de dire ça. Il faut qu’on pense à l’échelle de la société. Il y a de quoi se mobiliser et défendre le peu que nous avons. »

S’il se dit prêt à suivre l’évolution du mouvement, Gaël Ascal pointe malgré tout un manque d’information de la part des syndicats, de « clés de décodage » concernant la réforme et les mobilisations. Un avis partagé par Fabrice Pierre pour qui « il n’y a pas de mouvement lancé au niveau syndical ».

A Lyon, le syndicat Sud culture a relayé les appels à manifester mais reconnaît « manquer de temps » pour lancer un véritable mouvement et avoir du mal à suivre la mobilisation générale.

Au SNEA-UNSA, en revanche, l’appel à la mobilisation des enseignants de conservatoire est clair, avec pour but de protéger leur statut spécifique au sein des fonctionnaires territoriaux, statut aujourd’hui adossé à celui de l’Education nationale. « Nous voulons le même traitement que les enseignants de l’Etat et pas celui des fonctionnaires territoriaux, explique Michel Ventula, secrétaire général du syndicat. La fonction publique territoriale est la grande oubliée des discussions dans cette réforme. Pour la fonction publique d’Etat, un principe de compensation a été acté, mais pas pour les territoriaux et nous ne savons pas si nous resterons adossés au régime de l’Education nationale. » Le SNEA-UNSA a déposé un préavis de grève courant jusqu’au 22 janvier et appelle les adhérents « au minimum à aller manifester et à se manifester en tant qu’enseignants. »

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