Grèves à l’Opéra de Paris et à Radio France : deux objectifs pour la défense du service public

Mathilde Blayo 09/01/2020
Depuis le mois de décembre, les musiciens de Radio France et de l’Opéra de Paris sont en grève. A chaque maison ses revendications, quelques peu noyées dans le flot des mobilisations contre la réforme des retraites, pour un constat commun : le service public culturel est en danger.

Qu’est-ce qui est à l’origine de la mobilisation des musiciens dans vos maisons ?

Une musicienne à l’Orchestre Philharmonique de Radio France (qui a souhaité garder l’anonymat) : Nous sommes mobilisés depuis trente sept jours, depuis l’annonce par la direction de Radio France du plan de départ volontaire.

Nous sommes en colère car depuis l’ouverture de l’auditorium de Radio France nous avons mené un travail énorme. C’est une scène aujourd’hui reconnue, qui affiche complet, la programmation est riche et variée. L’annonce du plan de départ a été incompréhensible dans un tel contexte. Le plan ne touche pas seulement les musiciens mais de nombreux corps de métier qui n’ont pas les moyens de s’exprimer. 

La réforme des retraites n’est pas la raison de notre mobilisation et, malheureusement, le calendrier nous dessert. Nos revendications sont passées sous silence et l’ambiguïté est préservée dans le flot de mobilisations engendré par la réforme des retraites.

 Jean-Charles Manciero, second alto solo, Opéra de Paris : Nous avons démarré le 5 décembre contre la réforme de notre régime spécial des retraites. Tout le monde à l’Opéra est menacé. Nous défendons un service public de qualité et cela passe par le respect de nos régimes de retraites. Les musiciens de l’opéra jouent à une fréquence et sur des durées très importantes ce qui engendre plus de problèmes physiques. Aujourd’hui, nous pouvons partir en inaptitude si nous ne sommes plus en mesure de répondre à l’exigence de qualité et ces retraites anticipées ne se font déjà pas à taux plein. Avec le futur système les gens ne seront plus réformés, ne partiront plus, même s’ils le devraient, par manque de moyen. C’est la qualité de notre musique qui est en jeu aussi ici.

Quelles actions avez-vous mené depuis le début de la mobilisation ?

Musicienne à l’orchestre Philharmonique de Radio France : Tous les concerts des formations musicales à l’auditorium ont été annulés. Nous avons mené des actions dans le hall de la maison de la Radio et une lettre destinée à notre direction a été lue avant des concerts. Pour autant, la grève est une forme de mobilisation difficile et nous sommes conscients des risques de rejet du public. Nous discutons de la forme à donner à la mobilisation entre nous car il est très difficile pour un musicien d’annuler un concert. La rencontre avec le public c’est notre raison d’être. Mais il faut défendre le service public.

Jean-Charles Manciero, second alto solo, Opéra de Paris : Depuis le 5 décembre, pas un seul spectacle n’a été donné à l’Opéra. Pour autant, nous faisons toutes les répétitions, l’Opéra se prépare vraiment à reprendre le travail du jour au lendemain. Il y a déjà 13 millions de pertes, on tire sur le fond de roulement et on va continuer…mais à un moment la question de la survie économique de l’Opéra va se poser. Nous avons rencontré nos tutelles mais il n’y a pour le moment aucune avancée.

Quels points communs voyez-vous à vos luttes ?

Musicienne à l’orchestre Philharmonique de Radio France : Avant tout il ne faut pas mélanger les revendications des formations musicales de Radio France et de l’Opéra. Mais ce que nous avons en commun c’est sans doute cet esprit de corps, ce sentiment de forte appartenance à une maison et la solidarité des différents corps de métier. Est-ce que nos mobilisations respectives montrent que la culture est en danger ? En tout cas nous défendons le service public et voulons mener notre mission en étant convaincus que notre société a cruellement besoin d’art, de sensible, d’intelligence.

Jean-Charles Manciero, second alto solo, Opéra de Paris : La question commune qui se pose c’est : est-ce que notre gouvernement estime qu’il est juste et nécessaire d’avoir de grandes maisons comme l’Opéra et la Maison de la Radio ? Je n’en ai pas l’impression. Ils ne se représentent pas la chance qu’ils ont d’avoir des établissements comme les nôtres. Ce qu’ils veulent faire à la maison de la Radio est phénoménal. Après, les musiciens du Philharmonique devraient aussi s’intéresser aux retraites car l’un ne va pas sans l’autre. Une fois que la question des retraites sera réglée pour nous à l’Opéra, il est possible que nous nous rapprochions de Radio France sur les problèmes de financement de la culture.

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