Faut-il aller jouer en Arabie saoudite ?

Mathilde Blayo 13/01/2020

Vendredi 3 janvier, l’Orchestre national du Capitole jouait en Arabie saoudite, en présence du maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc. Un déplacement qui crée la polémique alors que le Royaume saoudien continue quotidiennement de bafouer les droits de l’homme.

Faut-il accepter de jouer dans un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme ?  L’Orchestre national du Capitole (ONCT) s’est posé la question en recevant la proposition de se produire au festival Winter at Tentora, à Al-Ulâ, en Arabie saoudite, le 3 janvier dernier, sur suggestion du violoniste Renaud Capuçon.
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Un nouvel Eldorado touristique voulu par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) qui tente de redorer l’image de son pays. Grande ambition alors que le Royaume bafoue quotidiennement les droits de l’homme, de la peine capitale toujours en vigueur, aux droits des femmes, jusqu’à la guerre au Yémen. 

Une condition sinequanone

Seul orchestre français invité, l’ONCT a posé une condition : que les musiciens, et particulièrement les musiciennes, puissent travailler dans les mêmes conditions que d’habitude, sans avoir à porter le voile. « Sans cette assurance que nous pourrions travailler comme d’habitude nous aurions refusé le déplacement », indique Yves Sapir, violoniste à l’ONCT et délégué syndical. 

Le déplacement de l’orchestre en Arabie saoudite questionne les musiciens, conscients du rôle ce type d’événement dans la stratégie nationale. « Le concert d’Al-Ulâ s’inscrit dans une volonté manifeste du régime de donner une image différente du pays. Est-elle sincère ou non ? » s’interroge Yves Sapir. MBS a effectivement entrepris d’ouvrir son pays ces dernières années. Des salles de cinéma et de concerts ont été ouvertes. Les femmes ont obtenu le droit de conduire en 2018 et, en août dernier, de voyager seule et sans l’autorisation de leur “gardien” masculin. 

« La question qui se pose c’est : est-ce que par notre présence on cautionne un régime autoritaire ou est-ce qu’on participe à ce mouvement d’émancipation du pays ? résume Yves Sapir. Je crois que si tous les artistes boycottaient l’Arabie saoudite, les plus radicaux du pays en seraient ravis. J’ai tendance à penser que les échanges entre les cultures favorisent l’émancipation, la reconnaissance de la différence. »

Aux côtés de l’ONCT se trouvaient également le violoncelliste Edgar Moreau, le pianiste Kit Armstrong et Renaud Capuçon qui revendique de ne pas « faire de politique. Si nous, musiciens, commençons à refuser de jouer en raison de l’action politique d’un pays ou d’une ville, on ne jouerait pas dans beaucoup d’endroits. Al-Ulâ est un site exceptionnel, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, et la musique est un moyen de faire passer un message de paix et d’universalité. »

Le déplacement du maire en question

Si le déplacement fait polémique c’est aussi parce que le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc était du voyage. L’opposition a rapidement réagi sur les réseaux sociaux. François Briançon, conseiller municipal PS explique que s’il est « très content que l’ONCT ait un rayonnement international et puisse aller faire entendre la voix de la culture en Arabie saoudite, la place du maire n’était peut-être pas là-bas. Lui qui se réclame des Espagnols qui ont fui et se sont battus contre le franquisme, a-t-il profité du voyage pour parler des droits de l’homme ? »

 Marie Déqué, déléguée métropolitaine en charge de l’ONTC, qui accompagnait le maire répond : « Nous n’avons pas évoqué les droits de l’homme. Nous étions là en tant que musiciens et pour la culture. Inaugurer l’auditorium d’Al-Ulâ était une belle façon de donner à entendre la musique occidentale. » Elle indique également que l’équipe municipale qui a fait le déplacement accompagne l’orchestre « quasiment systématiquement » à l’étranger.

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