La musique classique s’invite dans les grands magasins

Mathilde Blayo 14/01/2020

Dans le cadre des “Off” du Bon marché, un orchestre symphonique jouera les 14 et 15 janvier au cœur du centre commercial. Une expérience qui témoigne d’un essor de la musique dans les surfaces marchandes.

Quelque 80 musiciens parisiens, réunis par le chef Emmanuel Oriol, joueront ce soir et demain au Bon Marché, grand magasin emblématique de Paris. L’établissement est devenu ces dernières années un lieu d’exposition et un mécène dans le milieu de l’art contemporain, accueillant des œuvres d’artistes internationaux. 

 Dans ce cadre, la direction artistique a proposé au chef d’orchestre Emmanuel Oriol de mettre en musique l’exposition du designer japonais Oki Sato. «Je dirigerai l’orchestre avec Arthur Dubois, dos à dos, du haut des escalators qui se croisent, explique Emmanuel Oriol. L’installation d’Oki Sato vivra avec la musique. C’est une oeuvre particulièrement poétique, la musique est galvanisante et l’émotion qui se crée dans ce lieu est magnifique.» Il faut dire que le Bon Marché n’est pas un centre commercial lambda, mais un lieu de luxe dans une architecture fin 19e faite de fer et de verre. «L’acoustique du Bon Marché est étonnante et sonne vraiment bien, rapporte Emmanuel Oriol. Le son monte dans les coupoles, les étages font des balcons comme une salle de concert. C’est important d’oser aller jouer ailleurs que dans les salles de concert classiques à la rencontre d’un autre public, toujours dans le respect des œuvres

Schubert au rayon boucherie

L’ouverture des nouvelles Galeries Lafayette sur les Champs-Élysées, en mars dernier, s’était faite  elle aussi, avec un orchestre symphonique. Mais les lieux ne sont pas toujours exceptionnels quand la musique classique sort de ses murs. En octobre dernier, le quatuor Arod jouait La jeune fille et la mort de Franz Schubert dans le rayon boucherie d’un centre commercial de Semur-en-Auxois. Une initiative du festival Ouverture!, où jouaient les jeunes musiciens le soir même. «La question de l’organisateur était : comment, en milieu rural, faire venir le public à un concert classique. Même si le festival est bien fréquenté, on fait face à un problème de renouvellement du public et il faut aller séduire les non-initiés», considère Samy Rachid, violoncelliste du quatuor Arod. Une expérience enrichissante pour les musiciens qui se sont retrouvés «en dehors du sérail, avec des gens qui ne connaissent pas cette musique, qui sont là dans leur tâche quotidienne et ne prêtent qu’une oreille. C’est une leçon d’humilité qui a été agréable.» Intéresser un nouveau public, éveiller la curiosité des enfants venus toucher leurs instruments, c’est ce qui a motivé les Arod, faisant fi de l’acoustique médiocre. «Nous avons joué dans les salles où des pièces de Haydn ont été jouées à l’époque. Une église à l’acoustique superbe, mais aussi un autre lieu extrêmement sec. On ne jouait pas toujours la musique dans des lieux à l’acoustique parfaite comme aujourd’hui, où l’on n’entend personne tousser, rappelle-t-il. Il faut qu’on montre que la musique classique est vivante, qu’elle n’est pas réservée à certaines élites et qu’il y a de jeunes musiciens.»

“Prenez la baguette”

Certains ensembles sont allés plus loin en menant des actions participatives. En mai 2014, l’Insula Orchestra investissait le hall du centre commercial Les Quatres Temps à La Défense pour l’événement “Take the baton. Prenez la baguette”, invitant les passants à endosser le rôle de chef d’orchestre quelques minutes. «Nous avons cherché à communiquer avec des personnes qui ne viennent pas naturellement dans une salle de concert, explique Laurence Equilbey, chef d’orchestre et fondatrice d’Insula Orchestra. Ces moments participatifs peuvent être beaux car les gens sont fascinés par l’art et la culture, c’est important de les intégrer de temps en temps. Et ce n’est pas parce qu’on va dans des lieux inattendus qu’on ne peut pas retrouver une exigence d’excellence, notamment dans le son, sur d’autres projets.» L’orchestre a également joué en plein air ou à l’aéroport de Paris. 

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