« La créativité permet de voir d’une autre manière les déchets »

Mathilde Blayo 17/01/2020
L’orchestre des instruments recyclés du Paraguay mêle écologie et action sociale. Entretien avec son fondateur et chef d’orchestre, Favio Chávez, avant leur concert à Paris, dimanche 19 janvier.
Comment cet orchestre est-il né ?

Je suis arrivé à Cateura, une banlieue pauvre à côté d’une décharge d’Asuncion, il y a treize ans. J’ai commencé à enseigner la musique d’abord à une dizaine d’enfants des employés de la décharge, puis à de plus en plus d’enfants de la communauté. Trouver des instruments devenait nécessaire, mais ni moi ni les habitants n’avions les moyens d’en acheter.

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La communauté de Cateura avait déjà une certaine expérience dans le recyclage des déchets pour répondre à ses besoins. Alors quand la musique est devenue une nécessité, la décharge est devenue la réponse et nous avons décidé de faire des instruments de musique à partir de déchets. Par exemple, pour une trompette on a pris de l’acier utilisé pour les gouttières et des pièces de monnaies, des boutons, des clés pour les pistons.

Comment fonctionne l’orchestre ?

Il est composé de 63 personnes, mais les enfants qui étudient la musique pour l’intégrer sont environ 300. Nous avons une école de musique à Cateura où les enfants apprennent à jouer. Après un temps, quand ils ont appris les bases, nous les motivons pour qu’ils commencent à jouer le répertoire de l’orchestre (musique populaire du pays, musique classique). Une fois ce répertoire assimilé, ils participent aux répétitions et nous commençons à les suivre avec le soutien de la famille pour qu’ils puissent aller plus loin et devenir membres de l’orchestre. Cette expérience leur apporte des choses fondamentales. Le sens de l’engagement, de l’effort, celui du dépassement de soi. Faire partie d’un orchestre promeut aussi des valeurs comme la solidarité, la coopération, la tolérance. Ce sont des éléments essentiels pour le bon fonctionnement d’un orchestre et d’une société. 

Comment expliquez vous le succès mondial de l’orchestre ?

Nous faisons effectivement des concerts à l’étranger. Avec le temps nous avons pu conjuguer certains éléments emblématiques : le recyclage, le développement de la culture dans des secteurs défavorisés de la société, faciliter l’intégration sociale de certaines jeunes personnes exclues ou qui étaient en risque d’exclusion. Je crois aussi que nous avons pu démontrer que la créativité permet de voir d’une autre manière les déchets. La gestion des déchets est un problème important en Amérique latine, qui touche la qualité de vie de beaucoup de personnes. Nous montrons qu’il est possible de trouver des solutions avec peu de moyens. Je pense aussi que la musique et les espaces dédiés à la musique dans la société peuvent servir à proposer des idées et à créer des envies, des demandes. La musique offre des solutions pour vivre ensemble, pour faire se connecter les personnes de façon à ce qu’ils communiquent au-delà de leurs différences sociales ou d’origine.

 

L’Orchestre des instruments recyclés du Paraguay sera en concert, dimanche 19 janvier, à la MPAA de Paris.

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