Radio France : France Musique touchée par le plan d’économie

Mathilde Blayo 21/01/2020

La grève se poursuit à Radio France dont les programmes sont quotidiennement perturbés. A France Musique, les réalisateurs sont particulièrement menacés. 

Aujourd’hui encore, l’antenne de France Musique était perturbée par la grève qui touche la Maison de la Radio depuis l’annonce d’un plan d’économie de 60 millions d’euros décidé par la présidente Sibyle Veil, il y a cinquante jours. 

A France Musique, comme sur les autres antennes, les techniciens sont les plus nombreux à faire grève.

441 techniciens dépendent de la Direction de la production des antennes et travaillent sur plusieurs chaînes de Radio France. Le plan de départ volontaire imposé par la direction concerne 40 postes, plan de départ qui pourrait devenir une rupture conventionnelle collective. « Il y a ce plan de départ, mais surtout une tendance qu’on constate depuis plusieurs années sur le terrain, témoigne un technicien qui, comme nos autres interlocuteurs, a souhaité rester anonyme. Cela fait plusieurs années que, sous prétexte éditorial, les chaînes ont commencé à réduire les moyens des services techniques ». Il mentionne notamment les matinales de France Musique qui étaient enregistrées au studio 118 avec des musiciens qui jouaient tous les jours ou encore des émissions comme Mardi idéal ou Couleurs du monde. « En supprimant ces émissions, il y a forcément besoin de moins de techniciens pour la prise de son, l’installation plateau. Sauf que notre métier perd de l’intérêt, il y a moins de possibilité d’évolution

Les réalisateurs aussi mobilisés 

La moitié des réalisateurs de l’antenne suit également la grève dans la mesure de leurs moyens. 92 réalisateurs dépendent aujourd’hui de la Direction des personnels de production et sont répartis entre France Culture et France Musique, où ils sont 18. Le plan de départ volontaire prévoit la suppression de 16 postes de réalisateurs sur les 92. Ces derniers mettent en garde sur la perte en qualité qui découlera des départs. « En 2015, quand ils ont fermé les studios de production pour la réhabilitation de la Maison de la Radio, studios qui servaient à enregistrer des émissions élaborées, à capter de la musique vivante, nous avions déjà alerté sur le risque de perte en qualité. Aujourd’hui, le jour où les studios rouvriront, il n’y aura pas assez de réalisateurs pour reprendre des émissions de cette envergure » s’inquiète un réalisateur de l’antenne. France Musique est particulièrement menacée par le plan de départ des réalisateurs en raison des émissions micro-disques, devenues de plus en plus nombreuses sur l’antenne. Plus simples en réalisation, plus courtes, elles pourraient éventuellement se faire sans réalisateur. « C’est une perte en qualité pour l’antenne, c’est de la musique vivante qui ne se fera plus à Radio France. Il y a déjà beaucoup moins de concerts enregistrés, de plages d’émission pour les diffuser. Nous rendons de moins en moins compte de la vie musicale en France, en région, et à l’étranger. Ce que nous défendons c’est une qualité d’émission qui nécessite des moyens. Ce qu’il se passe ici, c’est une entreprise de démolition d’une maison qui fonctionnait très bien, à laquelle nous sommes tous énormément attachés. Nous ne faisons pas grève pour des augmentations, rappelle le réalisateur. Nous faisons grève pour faire de belles émissions car nous avons un sens aigu de ce que nous devons au public en tant que service public. »

Une antenne modifiée au jour le jour

Les producteurs sont beaucoup moins nombreux à suivre le mouvement à France Musique, sans doute pour une question de statut, ayant davantage de contrat en intermittence, et car il n’y a pas de plan de départ volontaire les visant directement. « Nos chaînes étaient caractérisées par la richesse sonore de ses émissions, par leur dimension intellectuelle. Le danger qui se profile, c’est que les producteurs soient seuls à monter une émission avec un technicien ce qui aura nécessairement un impact sur le contenu » explique un membre de la production. 

L’ensemble du personnel de Radio France se réunit en assemblée générale tous les jours pour décider ensemble de la suite à donner au mouvement, avec le soutien important de la CGT. « Les autres syndicats ont du mal à rejoindre le mouvement et on ne comprend pas trop pourquoi, évoque une des personnes interrogées. Il y a aussi un petit comité de mobilisation indépendant de la CGT qui réfléchi à des actions plus créatives. » Comme les négociations avec la direction n’avancent pas, la grève est chaque jour revotée et suivie, même si le poids des jours non payés commence à peser bien lourd. Contactée, la direction n’a pas donné suite à nos questions. 

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