« Nous allons vers une ère plus expérimentale »

Mathilde Blayo 23/01/2020

Le pianiste Arsha Kaviani joue pour le concert « Rêves Persanes » les 23 et 24 à Rennes et le 26 janvier à Sarzeau. Il nous livre sa vision de sa musique. 

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé à jouer à l’âge de 6 ans, à Dubaï où mes parents avaient fui l’Iran. Ils m’ont fait écouter beaucoup de musique, notamment classique et j’ai trouvé ça extraordinaire. J’ai appris beaucoup de choses seul,
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 il n’y avait personne à Dubaï pour me montrer le chemin. Puis un jour on m’a repéré et j’ai eu une bourse pour aller étudier en Angleterre, où j’ai construit ma carrière. J’ai rencontré des difficultés du fait de ma nationalité iranienne, j’ai déjà dû annuler des concerts pour des questions d’autorisation de Visa. Les questions politiques ont été présentes et difficiles dans ma carrière, alors que je devais voyager dans le monde entier. Mais j’ai finalement eu la nationalité britannique cette année.

 

Que pensez-vous de la diversité dans le milieu de la musique classique et notamment du public ?

En terme d’artistes, il y a quand même une certaine diversité. Les grands solistes viennent de partout dans le monde. Les gens sont aveugles quand on en vient à la musique, ce qui compte c’est la qualité de ce qui est joué, pas l’origine du musicien. Je ne crois pas qu’il y ait de discrimination basée sur l’origine. 

Pour le public, le problème vient du musicien. Même les pianistes ont tendance à jouer toujours les mêmes répertoires et je pense que si tu ne fais pas constamment quelque chose de nouveau, d’intéressant, d’unique le public va s’ennuyer. Il est vrai que le public est plutôt âgé mais je crois que les plus jeunes viennent aussi à nous écouter. La musique est de plus en plus accessible avec Spotify, Youtube. Je crois que nous avons un public de plus en plus curieux. 

 

Comment pensez-vous qu’il faille aller séduire ce public plus jeune ?

Si vous faites un concert à Londres, vous jouerez en même temps que d’incroyables groupes de jazz, des grands Dj électro… et malheureusement par rapport à eux la musique classique semble bien plus conservatrice. Notre musique doit être vivante. Dans un de mes concerts, je vais jouer du répertoire standard pour les plus aguerris à la musique classique, mais je vais aussi peut-être revisiter un morceau populaire, interagir avec le public. J’aime que les gens sentent qu’ils ont une part dans la création et je pense que nous allons vers une ère plus expérimentale dans la musique. 

 

L’improvisation doit prendre une place plus importante pour vous ?

Avant 1900, il n’y avait pas de musiciens seulement interprètes, mais des compositeurs, des créateurs. Puis à partir de 1910 il y a une tendance à la re-création, on traitait la musique comme un document presque historique en essayant de la recréer. Sauf que ce n’est pas possible ! Quand on pense à Liszt, c’était une vraie star à l’époque. Il allait écouter dans les villes ce que les gens écoutaient, ce qu’ils chantaient puis il reprenait les mélodies en en faisant des improvisations extraordinaires. Et le public aimait ça parce que c’était la musique qu’ils connaissaient, à la mode Liszt. Cette tradition est morte, mais c’est ça que devrait être la musique.

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