Le directeur du ballet de l’Opéra de Lyon en sursis

Mathilde Blayo 27/01/2020

Suite au jugement de la Cour d’appel, l’Opéra de Lyon a engagé une procédure à l’encontre de Yorgos Loukos, pour le non-renouvellement de contrat d’une danseuse sur un motif jugé discriminatoire.

En 2014, Karine Marion, 34 ans, est danseuse à l’Opéra de Lyon depuis cinq ans. Si son contrat est renouvelé une sixième fois, elle sera requalifiée en CDI. Mais à son retour de congé maternité, la direction lui annonce le non-renouvellement du contrat, reprochant à la danseuse une faiblesse physique et un style trop classique. Aucune remarque similaire ne lui aurait été faite avant son congé maternité.

Karine Marion avait alors rencontré le directeur du ballet, Yorgos Loukos, au poste depuis 33 ans, qui lui expliquait : «  si entre 29 et 34 ans, tu as fait pas mal mais pas beaucoup, c’est pas entre 35 et 40 que tu vas faire plus, en plus avec un enfant. »

Avec l’aide du SNAM-CGT, la danseuse a alerté la direction de l’Opéra sur une décision perçue comme discriminatoire avant de saisir la justice. En novembre 2017, en première instance, le tribunal avait condamné Yorgos Loukos à six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende ainsi que 20 000 euros de dommages et intérêts pour discrimination et harcèlement. En décembre dernier la Cour d’appel condamnait également le directeur du Ballet de l’Opéra de Lyon pour discrimination, sans retenir le harcèlement.

Silence des Forces musicales et de la ROF

D’abord pointé du doigt par le SNAM-CGT pour son inaction, la direction de l’Opéra a finalement engagé une procédure disciplinaire à l’encontre du directeur du ballet. « La direction de l’Opéra de Lyon a entériné la décision discriminatoire à l’époque et pendant six ans ils n’ont eu aucune compassion, aucun geste pour la danseuse », rappelle Philippe Gautier, secrétaire général de la SNAM-CGT.

Pour le syndicat, le cas révèle l’omerta qui règne dans les Opéras, particulièrement autour des directeurs artistiques. « Quand quelqu’un est auréolé de la position de créateur, on laisse faire. Nous avons demandé aux Forces musicales de nous aider, à la Réunion des Opéras de France (ROF), qui ont tous deux sortis Chartes éthiques et textes sur l’égalité homme/femme, indique Philippe Gautier. Mais c’est resté lettre morte. A quoi servent-ils si, quand il y a des scandales qui se posent et qui sont publics, ils ne sont pas capables d’agir ? »

A la ROF, la directrice Laurence Lamberger Cohen rappelle qu’ils ne sont pas « un syndicat d’employeur. Nous n’avons pas à nous immiscer dans les relations interprofessionnelles de nos membres, ni à prendre partie, ni à sanctionner des comportements à la place des instances disciplinaires. Il faut respecter les procédures internes à chaque établissement. »

Chartes éthiques

Pour autant l’association assure qu’elle ne reste pas indifférente face à ces problématiques. En octobre dernier, la ROF a diffusé une Charte éthique, conçue à la demande des directions de production. « La Charte, écrite avec des spécialistes de l’éthique, rappelle les principes éthiques qui visent l’égalité des chance et l’intégrité physique et morale. Nous rappelons notamment la loi Sapin 2 qui a mis en place le dispositif de lanceur d’alerte », explique Laurence Lamberger Cohen. La Charte donne aussi la procédure à suivre qui doit d’abord se faire en interne avant de pouvoir saisir la justice et rendre l’affaire publique.

Même réponse du côté des Forces musicales : « Ce n’est pas à nous de commenter ». En juillet 2018, le syndicat publiait sa « Charte pour l’égalité entre les femmes et les hommes au sein des orchestres et des opéras ».

Une cellule d’écoute

Mais pour la CGT ces chartes sont insuffisantes. « Quand nous faisons des signalement dans les maisons, ils restent lettre morte, assure Philippe Gautier. Dans ces institutions il y a une chape de plomb et, comme partout, si on ne sort pas ces questions du microcosme dans lequel elles se déroulent, on n’obtient pas gain de cause. » Le SNAM-CGT, comme les Forces musicales, indiquent qu’une cellule d’écoute et d’assistance des victimes, élaborée avec la FESAC, doit être mise en place courant février. La cellule sera financée par le ministère de la culture et aura pour ambition de préserver la santé des victimes en les orientant vers les personnels de soin adéquats, et d’analyser juridiquement leur situation pour les aiguiller, ou non, vers la justice. Deux prestataires de service, chacun spécialiste de ces domaines, seront joignables par courriels ou par téléphone.

Également pris à partie dans cette affaire par le SNAM-CGT, le ministère de la culture, nous indique laconiquement qu’« un responsable public condamné doit en tirer les conséquences ». Il a réaffirmé son engagement contre les violences et le harcèlement sexuel et sexiste lors de son intervention aux BIS de Nantes, jeudi 23 janvier.

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