Brexit : « Il y a des ensembles qui devront s’arrêter »

Mathilde Blayo 31/01/2020

Paul McCreesh, chef d’orchestre britannique et fondateur du Gabrieli Consort & Players ne cache pas sa tristesse en ce jour de Brexit. 

Comment vous sentez vous aujourd’hui ? 

Extrêmement triste. Je me sens passionnément européen et j’ai passé toute ma vie d’adulte, de professionnel, comme un européen, vivant et travaillant dans toute l’Europe. 

Il y a plein de choses criticables dans l’Union européenne (UE). L’Union a fait des erreurs, mais c’est le cas pour tous les gouvernements, dans tous les pays. Pour moi, l’UE est un projet né de l’espoir, de l’amour, d’une vision de partage, des objectifs nobles. Alors qu’aujourd’hui le Brexit est pitoyable, pathétique. Il est né de la totale arrogance d’un pays qui s’est dit qu’il était meilleur que les autres. Je suis très en colère. C’est un honneur d’être un citoyen britannique, un petit pays qui a produit parmi les plus grands esprits du monde, mais maintenant nous sommes réduit à un pays pathétique qui pense que son influence est plus importante qu’elle ne l’est vraiment. Mais un jour nous reviendrons. Je jure que ça arrivera, peut-être dans quelques générations mais nous reviendrons.

Quel pourrait être l’impact du Brexit sur votre ensemble Gabrieli Consort & Players ? 

Pour Gabrieli ce sera très difficile. La situation est déjà compliquée en Angleterre pour les ensembles, nous n’avons pas autant d’aide qu’en France. Avec le Brexit, c’est la possibilité de concerts dans 27 pays qui est en jeu alors que les concerts à l’étranger sont une importante source de revenus. A moins qu’il y ait un accord européen pour les artistes internationaux… Mais pourquoi feraient-ils ça ? Cela me rend triste mais je ne vois pas pourquoi l’UE serait généreuse avec les britanniques. Il y aura peut-être un visa à la journée, un carnet pour nos instruments qu’il faudra faire valider aux douanes de chaque pays. Je n’ai pas encore vu de proposition pour un visa unique qui permette d’aller dans tous les pays de l’Union. 

Le Brexit n’affectera sans doute pas les tournées des gros groupes populaires ou des orchestres très reconnus comme le London Symphony Orchestra. Mais il y a des ensembles qui vont devoir arrêter c’est sûr, parmi les groupes plus jeunes, les choeurs... J’espère que Gabrieli va survivre. On fera davantage de concerts en Grande Bretagne, ainsi que des actions à but éducatif, qui me tiennent à coeur. Les musiciens de Gabrieli sont majoritairement britanniques mais nous travaillons aussi avec des musiciens européens. Beaucoup d’orchestres en Grande Bretagne sont internationaux et nous ne savons pas ce qu’il va advenir pour eux. Les musiciens seront les premières victimes du Brexit dans le milieu artistique. 

Croyez-vous que le Brexit puisse vous ouvrir de nouvelles possibilités outre-atlantique ?

Je suis très en colère face à la stupidité de ce gouvernement qui décide qu’on ne commercera plus avec les 28 pays à notre porte, mais plutôt avec le reste du monde, le Botswana, l’Amérique du Nord… Les Etats-Unis sont sûrement le pays le plus protectionniste du monde ! L’idée qui voudrait que les musiciens vont trouver un nouveau marché dans l’Amérique de Trump est absolument ridicule. Nous faisons de la musique classique. L’Europe est le coeur de la culture occidentale, le berceau de notre musique. C’est un véritable fiasco. Jusqu’au jour de ma mort, je ne pardonnerai jamais à ceux qui ont fait ça.

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