Des élections capitales pour la musique

Antoine Pecqueur 04/02/2020

À circonstances exceptionnelles, numéro spécial. À la veille des élections municipales, nous avons décidé de consacrer l’ensemble de ce numéro à la place de la musique dans les villes françaises. Les communes sont les premiers financeurs de la culture, bien loin devant l’État. Ce sont elles qui subventionnent les équipements musicaux : conservatoires, orchestres, opéras…

Les élections municipales représentent donc un enjeu majeur pour notre secteur. Sur le terrain, un vote peut avoir des conséquences immédiates sur la vie musicale. De manière positive comme négative. C’est pour cette raison que nous vous proposons un tour de France. Dans chaque région, nous avons mis en avant un exemple emblématique en matière de politique musicale. Dans certains cas, nous nous sommes concentrés sur une ville : Bordeaux, où la gestion de l’Opéra fait débat parmi les candidats ; Paris, où la question du tirage au sort dans les conservatoires s’immisce dans la bataille électorale ; Grenoble, où la politique culturelle des écologistes nourrit la controverse…

Dans d’autres régions, nous avons mis en avant les rivalités entre villes, qui se jouent très souvent sur le terrain hautement symbolique de la culture. Caen et Rouen ou Metz et Nancy en sont des exemples criants. Là encore, le verdict des urnes pourrait changer la donne. D’autant que se joue aussi de plus en plus le transfert des équipements culturels des villes aux métropoles.

La culture ne se limite évidemment pas aux grandes agglomérations. Pour illustrer la dynamique musicale jusque dans les plus petites communes, nous avons sélectionné la Bretagne, où des associations apportent la musique sur des îles peuplées de quelques dizaines d’habitants.

Ce numéro a en très grande partie été réalisé par des journalistes en région. Ces correspondants, qui connaissent parfaitement les rouages locaux, sont allés à la rencontre des élus comme des responsables culturels. Il en ressort un état des lieux unique.

C’est dans cet ancrage territorial que se noue de manière directe le lien entre les musiciens et leurs publics. Les institutions hors sol sont celles qui font aujourd’hui face à un déficit de fréquentation. Le quatrième mur, barrière symbolique entre spectateurs et artistes, se fissure, et on ne peut que s’en réjouir. Aux politiques de jouer à présent avec intelligence la carte musicale. Toute l’habileté est de faire coexister sur un même territoire des entités multiples. Une formation Démos ne doit en rien éclipser l’apprentissage en conservatoire (ou inversement) ; la dynamique d’un ensemble d’intermittents se fait en complémentarité et non en rivalité avec un orchestre permanent.

Dans un contexte économiquement tendu, la tâche n’est pas aisée. Mais une fois encore, en musique comme dans d’autres domaines, il y a sans doute des efforts à faire pour réduire les inégalités. Les cachets parfois exorbitants de certains solistes ou metteurs en scène sont devenus indécents.

Ce ne sont pas les invitations de quelques stars qui font une dynamique musicale, mais bien un travail de fond mené dans les lieux de formation comme de diffusion. Espérons que ces élections municipales mettent un terme à la politique paillettes pour permettre au plus grand nombre de bénéficier de la richesse musicale de nos territoires.

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