En Bretagne, la musique d’est en ouest

Nora Moreau 04/02/2020

De Rennes à Brest, dans ses agglomérations phares comme dans ses petites communes rurales, la péninsule bretonne s’engage toujours plus pour conserver une richesse d’initiatives, de créations et de spectacles, dans la musique tant classique que traditionnelle.

Le grand public la connaît principalement comme étant la terre des festivals – des Vieilles Charrues à l’Interceltique de Lorient qui, à l’aube de son cinquantième anniversaire, s’affirme comme le plus grand rassemblement musical en France avec ses quelque 800 000 spectateurs. Or, la Bretagne est aussi réputée pour son appétence en matière de culture et de musique, et en demeure un intarissable puits tout au long de l’année, à l’intérieur ou sur les îles (lire ici).

Rennes, la maison mère

La capitale bretonne cumule les lieux dédiés aux musiques actuelles, de l’Antipode au 1988 Live Club en passant par l’Ubu et le Liberté. Ancien bastion punk rock, Rennes compte parmi ses candidats aux prochaines élections municipales, Frank Darcel (liste Rennes Bretagne Europe), l’ancien guitariste du groupe Marquis de Sade. 

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Celui-ci voudrait voir réhabiliter la salle de la Cité en salle de concert, créer un musée du patrimoine ducal et une maison des langues patrimoniales, ou faire construire une Arena, qui manque, selon lui, dans le paysage rennais. À ses yeux, la mairie en place « a failli dans sa politique d’équipement en matière de salles de spectacles ». Pourtant, la ville dispose de lieux d’exception, comme le Théâtre national de Bretagne (TNB), centre européen théâtral et chorégraphique, qui compte cinq salles, dont la plus grande peut recevoir 924 spectateurs. Sans compter que, depuis quelques années, l’Opéra de Rennes a retrouvé une très belle place sur le plan national. Cette salle à l’italienne de 642 places propose une programmation éclectique.

Synergie avec Angers-Nantes

« C’est une vraie maison d’opéra qui, grâce à sa petite taille et à sa structure souple, sait fabriquer de A à Z, et ­accueillir des artistes et spectateurs autrement – ce qui permet d’en faire un opéra d’expérimentation », glisse Matthieu Rietzler, directeur en poste depuis dix-huit mois. Établissement de la ville de Rennes, qui bénéficie du soutien du ministère de la Culture, du département d’Ille-et-Vilaine et de la région, l’Opéra est étroitement lié à celui d’Angers-Nantes. « Nous partageons un socle commun de productions lyriques que nous portons dix à douze fois en diffusion – dans notre cas, avec notre orchestre et notre chœur », ajoute Matthieu Rietzler.

Label national pour l’orchestre

L’orchestre en question n’est autre que l’Orchestre symphonique de Bretagne. Avec ses 41 musiciens permanents et 130 concerts par an – dans la région comme à l’étranger –, il s’agit d’une institution soutenue par la métropole, trois départements (Ille-et-Vilaine, Morbihan et Côtes-d’Armor), la région et l’État – 5,5 millions d’euros de budget. « L’ensemble vient d’être labellisé “orchestre national en région”, une reconnaissance qui témoigne de notre rayonnement et de la solidité de notre projet », note son administrateur général, Marc Feldman. Une phalange qui se veut innovante, variée dans les styles et qui se mêle régulièrement à d’autres disciplines artistiques, collaborant notamment avec Carlos Nunez, l’Orchestre national du Pays de Galles, différents bagadoù (pluriel de bagad en breton) ou des établissements scientifiques comme Océanopolis. L’orchestre, qui est lié au Couvent des jacobins, nouvelle salle « au son incroyable », et à l’Opéra, regrette tout de même son activité « parfois un peu trop nomade ». « On aimerait avoir une salle à nous », conclut Marc Feldman.

À Lorient, une salle-bunker unique

La ville de Lorient a révélé au printemps 2019 un projet culturel très ambitieux : l’Hydrophone. Clin d’œil au micro du même nom utilisé pour enregistrer sous l’eau, la nouvelle salle des musiques actuelles du pays de Lorient a pris ses quartiers dans l’ancienne base allemande de sous-marins de Keroman – la plus importante du genre en Europe. Soutenu principalement par la collectivité, ce complexe de 3 000 mètres carrés se compose de plusieurs espaces : « Une petite salle circulaire de 250 places, une salle de 500 places, un espace événementiel de 1 000 mètres carrés, également sonorisé pour recevoir des prestations live, des locaux administratifs et cinq grands studios », détaille Ghislain Baran, son directeur. À noter que le toit de la salle est devenu la plus grande ferme de panneaux solaires de France en milieu urbain.

Brest, bout du monde hyperactif

Brest, la ville la plus occidentale de l’Hexagone, qui semble un peu solitaire, tout au bout de la carte de France, regorge de lieux culturels, d’artistes et d’associations particulièrement actifs.

En premier lieu, sa scène nationale, Le Quartz, qui, avec ses 120 000 spectateurs par an, est la plus fréquentée de France. « La moyenne est de 40 000 spectateurs, indique Matthieu Banvillet, son directeur. Et encore, avec le Festival de la radio et de l’écoute “Longueur d’ondes” et le Festival européen du film court, nous atteignons les 150 000 entrées. » Un bon palmarès pour cette institution (dont la plus grande salle fait 1 500 places), qui a ouvert en 1988, et dont le budget, qui avoisine les 6,5 millions d’euros, est assumé à un peu plus de 50 % par la métropole brestoise – l’État, le conseil départemental et la région finançant le reste.

Du baroque au contemporain

C’est dans ses murs qu’est accueilli l’ensemble Matheus de Jean-Christophe Spinosi, qui n’hésite pas, cette saison encore, à se lancer dans des matchs de musique baroque audacieux, de Monterverdi à… Queen. L’ensemble Sillages, également résident, vient de voir Philippe Arrii-Blachette passer la main et s’apprête à connaître une mue intéressante, « qui devrait le pousser un peu plus dans les salles de France », d’après Matthieu Banvillet.

Le Quartz, qui s’est engagé dans d’importants travaux de transformation (17 millions d’euros) jusqu’en avril 2021, se produira hors les murs durant cette période, profitant des nombreux espaces culturels présents à Brest et dans ses environs. Parmi lesquels, la salle des musiques actuelles La Carène, le Mac-Orlan, dédié à la danse et à la musique, ou la scène mythique du Vauban.

Mais Brest ne serait pas aussi active sans un tissu associatif très dense : dans le Grand Ouest, elle s’inscrit clairement comme la ville où sont répertoriées le plus d’associations à vocation culturelle, au regard de sa superficie et du nombre de ses habitants. En témoigne celle fondée au début des années 1990 par les Sonics, les heureux parents du festival de musiques électroniques Astropolis, aujourd’hui le plus vieux du genre en France, mais aussi le plus encensé par les connaisseurs. Ces derniers, à l’instar de plus petites associations, nées en partie de cette impulsion, organisent également des concerts toute l’année, aux quatre coins de la ville, voire du département.

Du nouveau à Ouessant : une salle fondée par Yann Tiersen

Un autre projet de salle pour le moins insolite a été lancé sur l’île d’Ouessant, l’an passé. C’est une initiative non pas de la ville, même si son soutien est indéniable, mais de Yann Tiersen. Ouessantin dans l’âme depuis toujours et insulaire officiel depuis maintenant cinq ans, l’artiste a décidé d’ouvrir une salle de concert, l’Eskal. Elle se construit petit à petit, sur cette île située à 25 kilomètres du continent, battue par les tempêtes et entourée par les plus forts courants d’Europe, où ne résident que 800 habitants. Cette salle toute neuve, ancienne discothèque de l’île, qui était à vendre depuis des années, en met plein les yeux, avec ses boiseries raffinées, ses peintures aux couleurs douces, une insonorisation impeccable et les instruments d’exception occupant ses studios d’enregistrement professionnels – qui pourront être utilisés par des artistes de tous horizons lors de résidences de création. Une programmation à l’année est en cours. « Comme sur le continent, elle se dévoilera de septembre à juin », avait noté Tiersen à son inauguration.

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