En Corse, protéger la tradition sans se fermer aux autres

Mathilde Blayo 04/02/2020

Sur l’île de Beauté, la culture est intimement liée à l’identité locale. En parallèle, se développent de nouvelles infrastructures pour la musique classique.

La langue, la musique, les danses corses, remises à l’honneur dans les années 1970 avec le mouvement du riacquistu (la réappropriation), sont d’autant plus valorisées depuis 2015 et l’arrivée des nationalistes à la tête de la Collectivité de Corse (CDC). À Ajaccio, le conservatoire a ainsi ouvert des cours de violon et de chant corses. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes au directeur adjoint, Yves Grollemund :

 « La CDC exprime une demande très forte d’ouverture aux expressions artistiques traditionnelles, mais ce n’est pas toujours facile à gérer pour nous, notamment dans le recrutement d’enseignants, qui ne sont pas nombreux à avoir un diplôme répondant aux attentes. » 

L’importance donnée à la tradition musicale locale est largement soutenue par les acteurs culturels de l’île. La mezzo-soprano Éléonore Pancrazi se réjouit du « foisonnement de groupes d’un excellent niveau en musique traditionnelle. Je trouve ça très bien que la culture insulaire soit centrale pour la région. » À la mairie d’Ajaccio, Simone Guerrini, adjointe (LR) chargée de la culture, assure « mettre l’accent sur les arts corses, ce qui ne veut pas dire pour autant que nous rejetions d’autres expressions artistiques ».

Nouveau conservatoire

L’offre n’est cependant pas très importante en matière de musique classique. « Il y a peu de programmation en musique classique, pas d’opéra, nous n’avons pas de scène nationale, indique Yves Grollemund. Pour autant, quand il y a des propositions, les salles sont pleines. »

Éléonore Pancrazi évoque la fermeture de plusieurs festivals, notamment celui de ses parents, Les Nuits d’été de Corte, dédié au chant lyrique, qui a mis la clé sous la porte en 2012 faute de financement. « Il n’y a pas de quoi faire une formation classique sur l’île. J’y ai joué en décembre avec l’ensemble instrumental de Corse de Yann Molenat, composé de musiciens en majorité corses, mais qui n’y vivent plus. Il manque une scène forte pour la musique classique, même si l’espace Diamant à Ajaccio a une bonne acoustique et que nous y avons eu un très bel accueil. Je crois que le public pour notre musique est là, il faut juste plus d’offres. »

À Ajaccio, la municipalité veut répondre à cette demande avec un projet phare : la rénovation et la construction d’une nouvelle aile du conservatoire. Le projet est dessiné par Rudy Ricciotti – qui a réalisé le Mucem à Marseille – et Amelia Tavella prendra place dans un écoquartier. Il accueillera en plus un centre de ressources musicales numériques et un auditorium de 200 places. « Nous aimerions également créer un nouveau festival pour la musique classique et contemporaine. Des discussions avec le chef Jean-Christophe Spinosi sont en cours », rapporte Simone Guerrini. La citadelle d’Ajaccio, tout juste rachetée par la mairie, pourrait accueillir l’événement. « Nous avons beaucoup d’espaces disponibles pour des résidences d’artistes, des concerts, comme un théâtre de verdure dans l’ancien lazaret à la sortie de la ville. » Un dynamisme culturel salué par Étienne Bastelica, conseiller municipal et candidat de la gauche aux municipales. Il rappelle tout de même que la ville a été tenue pendant quatorze ans (jusqu’en 2014) par le socialiste Simon Renucci avec « une politique culturelle réussie »..

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