L’économie de l’édition musicale classique en difficulté

Mathilde Blayo 10/02/2020
Contrairement à celui de la variété, le secteur de l’édition de partitions de musique classique continue de voir son chiffre d’affaires baisser.

La Chambre syndicale de l’édition musicale (CSDEM) et la Chambre syndicale des éditeurs de musique de France (CEMF) ont publié un rapport fin janvier sur la santé économique de l’édition musicale. Pour l’ensemble du secteur, les revenus de 2018 sont en augmentation de 7 %, mais ce chiffre est surtout révélateur pour le milieu de la variété. Pour le classique, la tendance est à la baisse avec une diminution d’environ 5 % du chiffre d’affaires pour l’année.

Le pédagogique au cœur de l’activité

Le pédagogique représente la plus grande part de l’économie de l’édition musicale classique, notamment les manuels de formation musicale. Une autre part non négligeable des revenus vient de la Société des éditeurs et auteurs de musique (Seam), qui gère les droits de reprographie, représentant 2,5 millions d’euros de revenus pour les éditeurs de musique classique. « C’est une compensation pour un manque à gagner des éditeurs car s’il n’y avait pas ces photocopies, on vendrait plus de partitions », rappelle Jean-Michel Issartel, directeur général des éditions Gérard-Billaudot et Hit Diffusion. Pierre Lemoine, président et directeur général des éditions Henry-Lemoine, remarque une baisse particulièrement forte du chiffre d’affaires dans le secteur pédagogique instrumental. Un constat partagé par Jean-Michel Issartel, pour qui l’apprentissage de la musique évolue : « Les élèves se tournent davantage vers des structures privées qui sont moins sensibles à la copie et travaillent plus sur l’oralité. C’est un apprentissage qui correspond davantage aux musiques actuelles. » Le piratage de partition en ligne a également eu un effet sur la santé économique de ces maisons. Pour l’ensemble des acteurs du secteur, la vente de partition représente 10 millions d’euros, avec trois quarts des ventes réalisées en France.
« Notre chiffre d’affaires n’est pas révélateur du rôle que nos maisons ont pour la musique en France, considère François Dhalmann, secrétaire général de la CEMF. Tous ceux qui font aujourd’hui de la variété, comme les Daft Punk, sont passés par les conservatoires et ont bénéficié de nos éditions. Nous travaillons pour les interprètes, les compositeurs, et eux transmettent ce savoir au public. Notre rôle est bien plus important pour la vie musicale que ne le laisse penser notre situation économique. »

La création

La création reste un enjeu fort pour la renommée des éditeurs. Les maisons Billaudot et Lemoine ont ainsi sorti une cinquantaine de nouveautés l’an passé. Mais c’est une activité dont la rentabilité se voit à long terme, « une dizaine d’années minimum », pour François Dhalmann. D’autres éditeurs comme la Maison ONA, créée en 2013, font le pari de ne pas avoir d’offre pédagogique. Encore jeune, l’entreprise a une croissance supérieure à 7 %. « Nous suivons des compositeurs qui ont déjà des commandes, avec un calendrier de travail connu à l’avance qui fait que chaque publication a un contexte de création, donc un cadre d’amortissement, explique Maxime Barthélémy, son codirecteur. Pour autant, on est effectivement loin de l’investissement de base. » Les éditeurs font alors un travail d’agent pour chercher des commandes, promouvoir les compositeurs pour des concerts, des enregistrements. Le manque de rentabilité de la création contemporaine peut également pousser les éditeurs à favoriser des compositeurs reconnus. Les droits Sacem représentent 1 million d’euros de revenus par an et la location de matériel d’orchestre représente 1,5 million.

Le numérique

Un axe de développement important des éditeurs reste le numérique. Le catalogue des grandes maisons n’est pas forcément disponible en ligne, « même si cela va devenir obligatoire pour une partie du répertoire et nous permettra d’augmenter nos ventes à l’étranger », reconnaît le directeur de Billaudot. « Mais numériser tous nos catalogues, développer les outils numériques coûte cher et ne rapporte pas grand-chose », explique Pierre Lemoine. Une réalité également mise en avant par le rapport de la CSDEM et de la CEMF, qui témoigne d’une perte de valeur avec la transition vers le numérique.
Des plateformes numériques comme NomadPlay ou Nkoda sont en plein développement et deviendront des partenaires indispensables des maisons d’éditions de musique classique.

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