Musique et écologie : « Il est temps de passer de la parole aux actes »

Mathilde Blayo 26/02/2020

L’Orchestre du Siècle des Lumières s’engage pour le climat et prend le train au lieu de l’avion pour sa tournée en Europe centrale.

Face à l’urgence climatique, les orchestres et ensembles commencent à réfléchir à la manière de diminuer leur empreinte environnementale. Au premier poste des émissions de CO2 des musiciens se trouvent, naturellement, les tournées. En 2010, le rapport Moving Arts – Orchestras, publié par l’organisation environnementale Julie’s Bicycle, comptait qu’un orchestre britannique de 108 musiciens en tournée en Asie émettait 416 tonnes de CO2.

Conséquences financières

Un bilan qui a poussé l’Orchestre du Siècle des Lumières (Orchestra of the Age of Enlightenment – OEA) à opter pour le train plutôt que l’avion pour deux concerts à Szczecin en Pologne, le 21 février, et à Budapest en Hongrie, le 28. La proposition est venue des musiciens, qui autogèrent la formation. La violoniste et directrice artistique Margaret Faultless nous explique cette démarche : « Il était temps de passer de la parole aux actes. Si nous étions allés en Pologne en avion, nous aurions émis 3300 kg de CO2, en train c’est 350kg. »
Cette décision n’est pas sans conséquences financières pour l’orchestre puisque les voyages en train coûtent plus cher qu’en avion. « Il y a aussi des frais supplémentaires comme une nuit d’hôtel en plus pour certains déplacements, puisque les voyages durent plus longtemps », ajoute la violoniste. Pour aller à Budapest, le trajet en avion aurait duré 2h30, « en train, certains musiciens feront un trajet direct en 24h, d’autres mettrons deux jours avec une escale à Munich. » Il faut également payer les musiciens pour les jours de déplacement.

Prendre le temps

Malgré sa durée, le voyage en train pour la Pologne a enthousiasmé les membres de l’orchestre. « Nous avons pu discuter plus longuement entre nous, parler de nos projets, de l’environnement, rapporte Margaret Faultless. Nous avons échangé avec d’autres passagers. Ceci n’arrive quasiment pas dans les voyages en avion : nous arrivons, allons à l’hôtel, mangeons, dormons. Nous avons ressenti l’idée du voyage, qui ne repose pas juste sur la destination. » L’occasion aussi de lire un livre, rattraper son retard de mail, se reposer…prendre le temps !
« Il y a une vraie attente du public pour ce type d’engagement », considère la directrice. En Pologne, le public a applaudit l’orchestre en apprenant que les musiciens étaient venus en train. A leur retour à Londres, le public les a également félicité. « Il est important que les artistes mènent des actions politiques, de même que les organisateurs qui nous ont soutenus dans cette démarche. »

Vélo et programme de compensation

A l’avenir, l’orchestre souhaiterait ne plus prendre l’avion pour les pays européens proches. « Nous avons déjà des propositions de sponsors qui veulent nous aider dans cette initiative. Il faudra aussi travailler main dans la main avec les organisateurs de tournée pour repenser les voyages », envisage Margaret Faultless.
Si l’OEA a choisi de voyager comme les orchestres du 19e siècle, d’autres ensembles s’engagent différemment. Le collectif de chambriste, Forces majeures, a ainsi mis en place une tournée d’été à vélo à travers la France. Une façon conviviale d’aller à la rencontre de son public avec un concert à chaque étape dans un lieu patrimonial ou emblématique. Le quatuor Ebène, actuellement en tournée internationale, participe à un programme de compensation carbone en finançant des actions de reforestation.
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