« Bernie Sanders défend les travailleurs »

Mathilde Blayo 03/03/2020
Fait inhabituel aux États-Unis, la section californienne de l’American Federation of Musicians a pris position pour Bernie Sanders dans le cadre des primaires démocrates. Son président, le guitariste et compositeur John Acosta, nous explique les raisons de cet engagement.
Pourquoi avez-vous décidé de soutenir Bernie Sanders ?
Notre pays traverse une période politique très particulière. L’occupant actuel de la Maison blanche dégrade la fonction présidentielle. Ces temps sont difficiles pour les travailleurs : les décisions du gouvernement ébranlent les notions d’équité, de représentativité. Alors pour nous, c’était le moment d’agir et de prendre position pour un candidat.
Bernie Sanders a toujours défendu les travailleurs, il a d’ailleurs le soutien de la plupart des syndicats. Nous avons organisé un forum où nous avons invité les différents candidats aux primaires démocrates. Seuls Elizabeth Warren et Bernie Sanders (les deux candidats de l’aile gauche du parti démocrate, NDLR) sont venus. Lors de ce forum, nous avons été convaincus que Sanders est le bon candidat pour défendre nos intérêts. C’est vraiment très inhabituel pour nous de prendre position avant la fin des primaires. Nous étions un peu inquiets de faire cette annonce si tôt, mais nos membres voulaient le soutenir maintenant et recommander au conseil d’administration d’en faire de même. En Californie, les primaires se tiennent en mars, lors du Super Tuesday, et leur résultat jouera un rôle important dans l’élection du candidat démocrate. Il y a 10 000 votes potentiels avec nos membres.
Pourquoi votre section locale est-elle la seule à prendre position ?
Dans l’industrie du divertissement, qu’on soit musiciens, acteurs, écrivains, réalisateurs, nos syndicats ne se sont jamais sentis vraiment libres d’afficher leur opinion politique, car c’est un milieu en réalité assez conservateur, républicain. On pense notamment au syndicat des acteurs (Screen Actor Guild), qui a quand même eu pour président Ronald Reagan, devenu président républicain des Etats-Unis.
Notre section locale, à Los Angeles, est la deuxième plus importante du pays et du Canada, après celle de New York. Nous sommes de plus en plus actifs politiquement, travaillons avec d’autres syndicats engagés, comme celui des enseignants. Nous sommes plus présents, et même agressifs en politique. Pour autant, cela reste inhabituel pour une locale de s’exprimer avant le bureau national. La présidence a été surprise, mais nous avons de bonnes relations. Quant à eux, leur politique ne change pas et ils ne soutiendront personne avant la fin des primaires.
Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez en tant que musicien aux Etats-Unis ?
Les mêmes que tous les travailleurs américains. Beaucoup de fonds de pension des syndicats sont mal en point depuis la crise de 2008, or il y a de plus en plus de retraités. L’enjeu pour nous c’est d’assurer à nos membres une retraite correcte, nous essayons de protéger leurs pensions. Bernie Sanders est un candidat qui veut défendre un système de retraite.
Un autre problème dans notre métier, c’est la délocalisation. Beaucoup de gros studios créent des sociétés écrans, prennent des taxes et des aides du gouvernement fédéral et engagent des orchestres étrangers pour les musiques de film, de publicités… Chez nous, ils paieront un musicien 300 dollars pour une session de trois heures, quand à l’étranger ils peuvent les payer de 20 à 30 dollars. Beaucoup de musiques de film sont ainsi enregistrées en Europe de l’Est. Ils minent notre métier.
Enfin un enjeu important pour nous c’est l’engagement syndical. Aujourd’hui une personne sur 10 est syndiquée aux Etats-Unis. En 1960 c’était plus de 50 % de la population. Il faut qu’on arrive à s’adresser à la nouvelle génération de musiciens, qu’ils se reconnaissent dans ce que nous faisons, nous comprennent. Les vieilles littérature et philosophie syndicales sont mortes, par certains aspects, et il faut mobiliser la jeune génération, les responsabiliser, les aider à prendre les commandes.
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