Suisse : le poids du coronavirus sur la musique classique

Mathilde Blayo 04/03/2020
Les rassemblements de plus de 1 000 personnes étant interdits, les structures musicales helvétiques essaient de s’adapter : annulation de concerts, réduction des jauges, diffusion télévisée…
La Suisse est un des vingt pays les plus touchés par le virus dans le monde, avec 37 cas recensés au 4 mars. Face à cette situation, le Conseil fédéral a placé le pays en état de « situation particulière » et a interdit tout rassemblement de plus de 1 000 personnes jusqu’au 15 mars. Certains cantons peuvent même durcir ces directives. Orchestres et salles de spectacles tentent de s’adapter à ces mesures.

Réduire les jauges

Au Grand-Théâtre de Genève, la direction a décidé d’adapter sa jauge de spectateurs pour qu’il n’y ait pas plus de 1 000 personnes dans tout le bâtiment. Pour Les Huguenots de Meyerbeer, actuellement à l’affiche, « environ 300 personnes travaillent à l’opéra, ce qui laisse 650 places disponibles pour les spectateurs », explique Olivier Gurtner, porte-parole du théâtre. Ces places sont réservées en priorité aux abonnés. Pour les autres, l’institution donne un avoir. « Nous ne savons pas encore ce que cela nous coûtera, l’urgence sanitaire prime », indique Olivier Gurtner, en lien quotidien avec les services de santé du canton de Genève.
L’Orchestre de la Suisse romande a ainsi pu jouer pour Les Huguenots vendredi dernier. « Nous sommes plutôt moins touchés, car nous pouvons travailler, en limitant le nombre de spectateur, reconnaît Steve Roger, directeur de l’orchestre. Néanmoins la situation est très évolutive. » La direction de l’orchestre a décidé de fermer la billetterie du Victoria Hall, où il se produit régulièrement, jusqu’au 15 mars : « Nous n’allons pas laisser la billetterie ouverte, alors qu’il y a un risque d’annulation. Les recettes de billetterie sont forcément en baisse, mais on va faire avec et ajuster le mois prochain », explique Steve Roger. Le directeur évoque également la possibilité pour l’orchestre de maintenir ses concerts sans public dans le cadre d’un partenariat avec la RTS.

50 % du cachet payé

C’est la décision prise par l’Orchestre de chambre de Lausanne (OCL), qui devait se produire avec Renaud Capuçon les 4 et 5 mars. Ces concerts seront captés à huis clos et diffusés par la radio Espace 2 et la télévision RTS. « Nous avons voulu aller vers le public d’une autre manière et les services publics ont répondu très rapidement présents », rapporte le directeur de l’orchestre, Benoît Braescu, qui a pris la décision d’annuler tous les concerts jusqu’au 15 mars. « C’est une question de cohérence éthique pour nous, explique-t-il. S’il y a un risque de contagion à 1 000 personnes, il y en a aussi à 900, à 600, surtout avec des personnes âgées dans la salle ou avec de jeunes enfants. »
Cette décision aura une conséquence économique importante pour l’OCL, qui remboursera tous les spectateurs et paiera les artistes. « On a payé l’intégralité de son cachet au chef du concert annulé dimanche, explique Benoît Braescu. Pour les concerts annulés la semaine prochaine, il y a eu moins de travail abattu, pas encore de répétition, donc nous verserons 50 % du cachet. » Malgré les pertes importantes pour l’orchestre, le directeur a choisi la précaution maximale. Une décision partagée par d’autres acteurs culturels suisses, comme le festival de cinéma Rencontres 7e Art Lausanne, qui a annulé sa 3e édition, prévue du 4 au 8 mars.
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