Les salles de spectacle face au coronavirus : des annulations en série

Mathilde Blayo 09/03/2020
Contre l’épidémie, le gouvernement a interdit les rassemblements de plus de 1 000 personnes. Une décision qui a une conséquence directe pour les salles de concert.
« Bonjour, en raison des décisions prises le 8 mars par le gouvernement français, la Philharmonie est dans l’obligation d’annuler les concerts en grande salle Pierre-Boulez du 9 mars au 22 mars inclus. » Le standard de la Philharmonie de Paris acte la décision prise hier soir par le gouvernement. Dimanche 8 mars, à l’issue du Conseil de défense à l’Elysée, Olivier Véran, ministre de la Santé, a annoncé que les rassemblements de plus de 1 000 personnes étaient désormais interdits en France. Une mesure qui doit éviter la propagation du coronavirus, qui a déjà touché plus de 1 000 personnes et fait 19 morts en France.

« On est en crise »

Un très grand nombre de salles se voient donc contraintes d’annuler des représentations. La Philharmonie annule ainsi tous ses concerts en salle Pierre-Boulez, d’une capacité de 2 400 places, jusqu’au 22 mars. L’Opéra national de Paris a également annulé les représentations des trois jours à venir. Néanmoins, Manon sera bien joué le mardi 10 mars, à huis clos pour assurer la captation audiovisuelle déjà prévue. L’Auditorium – Orchestre national de Lyon a également annulé le concert du 12 mars. A Toulouse, le festival Les Musicales franco-russes, qui devait débuter mardi 10 mars, est contraint d’annuler les concerts de l’orchestre et du chœur du théâtre du Bolchoï, les 10, 11 et 12 mars à la Halle aux grains. « On est en crise », confie Thierry d’Argoubet, délégué général de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, en résidence à la Halle aux grains. Avec une jauge de 2 200 personnes, il n’était pas possible de maintenir les concerts ni même d’en limiter le nombre de places, déjà achetées.

Manque de visibilité

La visibilité des orchestres et lieux de représentation est très limitée alors que le décret qui doit officialiser les propos d’Olivier Véran et donner les modalités d’application de cette décision n’est toujours pas publié. « Nous attendons de voir le décret d’application avant de prendre une décision pour les autres dates de l’orchestre, explique Thierry d’Argoubet. Evidemment nous respecterons scrupuleusement les consignes. » L’Opéra national de Paris « communiquera au plus tard le 11 mars les modalités relatives aux représentations programmées ultérieurement. » A Lyon, l’Auditorium attend également la publication du décret avant de prendre des mesures pour les concerts des prochaines semaines.

Jauge réduite

Egalement concerné par la décision, le Nouveau Siècle à Lille, avec une jauge de 2 000 places, a néanmoins décidé de maintenir ses représentations en réduisant le nombre de spectateurs : 850 personnes pourront ainsi assister au concert de l’Orchestre national de Lille le mercredi 11 mars. L’Opéra de Bordeaux, 1 100 places, a également décidé de maintenir toutes ses représentations en assurant avoir « pris les mesures nécessaires pour respecter les jauges décrétées. » A Bordeaux comme pour à Lyon ou au Capitole, une jauge réduite permettrait malgré tout un remplissage à 90 %.

Remboursements des spectateurs

Les salles vont donc rembourser les spectateurs. A la Philharmonie de Paris, après un délai d’attente plutôt court, on nous signale que le spectateur recevra un mail avec la marche à suivre pour être remboursé : en cas de paiement par carte bancaire le remboursement sera automatique, sinon il faudra fournir un relevé d’identité bancaire. Même situation à l’Opéra de Paris qui signale que le délai de remboursement peut prendre trois mois après réception des coordonnées personnelles et bancaires. L’Auditorium de Lyon propose aux spectateurs d’échanger leur billet au profit d’un concert programmé plus tard dans la saison.

« Un sérieux impact financier »

Il est encore difficile d’évaluer les conséquences économiques de ces annulations, mais elles seront sûrement importantes pour ces structures à l’économie fragiles. « Il y aura un sérieux impact financier pour l’Auditorium, qu’on soit dans des cas d’annulation ou de limitation de la jauge », confie Aline Sam Giao, à la tête de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon, qui indique que les syndicats d’employeurs se mobilisent pour demander la mise en d’un place d’un fonds d’urgence par les pouvoirs publics.
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Articles en relation :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous