Coronavirus : l’Italie à l’arrêt

Mathilde Blayo 10/03/2020
De l’autre côté des Alpes, le confinement a été imposé à tout le territoire. Une décision qui met le pays en pause, y compris musicalement.
« A Milan, les rues, et les transports sont vides. Sur les réseaux sociaux, dans les discussions de groupe, on sent qu’il y a une angoisse qui monte », nous dit Alexia Tiberghien, violoniste à la Scala de Milan, tenue de rester confinée chez elle comme 15 millions d’Italiens.
Lundi 9 mars, le gouvernement de Giuseppe Conte a étendu à tout le pays les mesures exceptionnelles de confinement, jusqu’ici réservées au Nord. Le pays le plus touché d’Europe par le coronavirus compte plus de 9 000 cas et au moins 463 morts. Ces décisions draconiennes obligent toutes les salles de spectacles à fermer et poussent au chômage technique les artistes de la péninsule, au moins jusqu’au 3 avril selon le dernier décret.

Chômage technique pour les musiciens

A la Scala de Milan, aucune représentation n’a été donnée depuis le 23 février dernier. Une répétition pour Salomé a eu lieu le 26 février, « mais un choriste a été testé positivement au coronavirus, ce qui a entraîné l’arrêt total des activités à la Scala », explique Armel Descotte, hautbois solo de l’orchestre de la Scala. Depuis, au moins un deuxième choriste a été identifié comme porteur du virus. Habitant toujours Marseille, Armel Descotte est au chômage technique : « A priori nous toucherons toujours nos salaires de musiciens d’orchestre, mais il est possible que les bonus du type 13e mois soient supprimés. On jouait aussi avec l’orchestre philharmonique de la Scala, qui est une association indépendante de l’orchestre symphonique. Avec cette interdiction nous aurons des revenus en moins. » Le hautboïste, enseignant au conservatoire d’Aix-en-Provence, peut désormais reprendre les cours après deux semaines de quarantaine. « Ce n’est pas pour nous, musiciens d’orchestre, que la situation est la plus compliquée. Il n’y a pas de statut d’intermittent en Italie, donc pour tous ces musiciens qui jouent en renfort à droite et à gauche, ça va être dramatique », confie-t-il.

8 millions d’euros de perte

Les conséquences économiques seront aussi considérables pour les salles italiennes. Alexia Tiberghien explique que « 26 représentations sont annulées, avec des entrées d’environ 200 000 euros par spectacle. Approximativement, on peut estimer des pertes pour la Scala de 7 millions d’euros. » Une situation financière à laquelle devra faire face le Français Dominique Meyer, nouveau directeur du lieu, peut-être en favorisant les spectacles grand public pour assurer une rentrée d’argent maximale. La Fédération italienne de l’industrie culturelle a demandé au gouvernement un soutien financier à l’ensemble du secteur. Des négociations sont en cours pour discuter d’un fonds d’aide, mais c’est l’ensemble de l’économie italienne qu’il faut aujourd’hui soutenir.

Patienter

« Les hôpitaux sont dépassés, le matériel est insuffisant. Tous les médecins ont été appelés, mais ils tombent malades eux-mêmes, rapporte Alexia Tiberghien. On essaie de rester à la maison pour éviter les contagions. » Alors que le pays est en crise sanitaire et risque la récession économique, la culture pourrait ne pas être le premier poste de relance du gouvernement Conte. Face à cette situation, le ministre du Patrimoine, des Activités culturelles et du Tourisme, Dario Franceschini, tweetait lundi 9 mars : « À partir d’aujourd’hui, les cinémas, théâtres, concerts, musées seront fermés dans toute l’Italie. Un choix nécessaire et douloureux. Mais la culture peut arriver dans les maisons. Je demande à la télévision de programmer de la musique, du théâtre, du cinéma, de l’art, ainsi qu’à tous les opérateurs culturels afin de tirer le meilleur parti de leurs sites internet et des réseaux sociaux. » Sur Twitter, les musées nationaux postent des images de leurs chefs-d’œuvre, pour faire patienter Italiens et touristes.
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