Coronavirus : décès de Vittorio Gregotti, l’architecte du Grand-Théâtre d’Aix-en-Provence

Antoine Pecqueur 16/03/2020

L’architecte italien, féru de musique, est mort dimanche 15 mars à Milan, des suites du Covid-19. Nous publions ci-dessous un entretien qu’il avait accordé en 2015 à Antoine Pecqueur, directeur de la rédaction de La Lettre du Musicien.

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Né en Italie, patrie de l’opéra, étiez-vous d’une certaine façon prédisposé à la construction de ce type d’édifice ?
J’ai effectivement toujours eu envie de construire des salles de concert ou des opéras, même si ces projets sont arrivés assez tard dans ma carrière. Ce qui a sans doute joué un rôle déterminant, c’est le fait d’avoir reçu une formation musicale. Dans ma jeunesse, j’ai étudié le piano et la composition au Conservatoire de Milan. Savoir lire la musique, même si je ne la pratique plus, me permet de discuter plus facilement avec les acousticiens, les chefs d’orchestre ou les directeurs de salles. J’ai d’ailleurs toujours été très proche de certains musiciens, comme le pianiste Maurizio Pollini.
Quelles sont les difficultés propres à la construction de salles de concert et d’opéras ?
Tout le problème des salles actuelles vient du fait qu’elles doivent pouvoir accueillir des styles de musiques extrêmement différents. Jusqu’au 19e siècle, les salles avaient pour vocation de faire entendre uniquement les œuvres contemporaines. Mais peu à peu, les théâtres se sont mis à programmer les œuvres du passé. A la Scala, on trouve à l’affiche aussi bien Mozart que Wagner. Et cette tendance à la polyvalence ne fait que s’accentuer. Par ailleurs, on veut construire des salles toujours plus grandes. Or, au-delà de 2 500 places, il y a de vrais problèmes acoustiques.
Dans quelle démarche avez-vous conçu le Grand-Théâtre d’Aix-en-Provence, inauguré en 2007 ?
A cette occasion, j’ai étudié plus particulièrement l’œuvre de Cézanne. Je me suis rendu compte qu’il analysait très précisément le paysage, même d’un point de vue géologique. Il a dans ses peintures une compréhension profonde de la terre, ce qui me semble également essentiel en architecture. Avec le Grand-Théâtre, je n’ai pas cherché à faire un monument, mais à m’inscrire dans le paysage. En retournant à Aix, j’ai pu constater que le bâtiment fonctionne et qu’il est accepté par la population.
Qu’en est-il de vos autres salles ?
Le centre culturel de Belem à Lisbonne (1992) représentait un véritable défi. Tout d’abord, car elle est située à côté d’un des monuments les plus emblématiques de la ville : le monastère des Hiéronymites. Mais aussi du fait de l’inscription de la salle dans un complexe plus vaste, comportant de nombreuses boutiques. Quant au théâtre Arcimboldi de Milan (2002), il a été édifié dans une ancienne usine de pneus Pirelli, au cœur du quartier de la Bicocca. Toute la difficulté était ici de pouvoir accueillir 2 500 spectateurs tout en gardant une distance acceptable entre la scène et le public.
Qu’est ce qui selon vous rapproche l’architecture de la musique ?
Dans ces deux arts, il y a des règles à respecter mais aussi à dépasser. On doit toujours être d’une certaine façon “à la limite”. J’aime beaucoup la musique de Haydn, sans doute car il a un côté artisan, qui est proche de l’architecte. En ce qui concerne plus précisément l’architecture, je regrette que, depuis les années 1980, cette discipline soit devenue l’expression de la culture capitaliste globale. Par ailleurs, les architectes veulent à tout prix avoir une idée originale. Or il me semble que l’architecte ne doit pas être originale, mais juste.
Avez-vous un rêve de salle de concert idéale ?
Je ne crois pas à la salle de concert idéale. J’imagine un bâtiment dans un contexte, avec des conditions concrètes. Discuter avec les responsables pour élaborer le projet le plus adéquat est à mon sens la chose la plus passionnante qui soit.
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