Covid-19 : un impact “cataclysmique” pour la culture

Antoine Pecqueur 17/03/2020

Les professionnels s’alarment des conséquences de l’épidémie sur le secteur et en appellent aux pouvoirs publics et aux grandes entreprises privées. Des propositions voient déjà le jour.

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Bruno Le Maire l’a déclaré ce mardi 17 mars chez nos confrères de RTL : « Il y a aussi une guerre économique et financière ». Le ministre de l’Économie et des Finances a annoncé que 45 milliards d’euros seront attribués aux entreprises et aux salariés en difficulté.

L’un des secteurs directement touché par l’épidémie du coronavirus est celui de la culture, et notamment de la musique, avec tous les rassemblements interdits.

Différents seuils

Au cours de ces derniers jours, différents seuils ont été successivement franchis.La première étape fut l’interdiction des rassemblements de plus de 5000 personnes, concernant en particulier les musiques actuelles. Il y a une semaine, l’étau s’est resserré, avec l’arrêt de tous les événements de plus de 1000 personnes. Les grandes salles dédiées à la musique classique, de la Philharmonie de Paris à l’Auditorium de Lyon, furent alors concernées. Les arrêtés se sont ensuite précipités : vendredi 13 mars, l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes, puis l’annonce le lendemain de la fermeture au public de la totalité des lieux culturels. A noter aussi que les conservatoires, comme tous les établissements scolaires, n’accueillent plus d’élèves depuis lundi et jusqu’aux prochaines vacances scolaires. La musique et la culture sont, comme tout le pays, à l’arrêt.

Effet en cascade

Cette interdiction a des répercussions sur tous les maillons de la chaîne. C’est l’effet en cascade. Les salles de spectacle ne vont bien évidemment pas pouvoir reporter, hormis quelques rares exceptions, les concerts annulés. Première interrogation : comment rembourser le public ? Car les sommes en jeu sont colossales. Le syndicat professionnel Profedim, qui réunit les ensembles et les festivals, propose que les spectateurs qui ne demanderaient pas le remboursement de leur ticket puissent être défiscalisés de ce montant, au même titre qu’un don.

Pour les orchestres ou les ensembles invités par les salles, c’est aussi un immense manque à gagner, car la clause de force majeur empêche tout dédommagement. Au bout de la chaîne, ce sont les artistes qui vont être directement affectés, et notamment les intermittents du spectacle. Comment vont-ils pouvoir faire leurs 507 heures dans ce contexte ? Dans certaines maisons, il risque aussi d’y avoir du chômage partiel pour le personnel. Loïc Lachenal, le président du syndicat professionnel des Forces musicales, qui réunit les opéras et les orchestres, nous dit que « le risque est de voir les différents acteurs, c’est-à-dire les salles de concert, les orchestres, les artistes, qui ont chacun leurs propres intérêts, s’affronter sur ces questions économiques ».Il demande donc « des consignes fortes, un vade-mecum de la part de l’Etat ».

Un ministère fragilisé

Mais le ministère de la Culture est dans une situation délicate : Franck Riester a été atteint par le coronavirus et trois membres de son cabinet sont aussi contaminés. Depuis lundi, tout le personnel est en télétravail. Les prises de décisions ne sont donc pas facilitées d’un point de vue opérationnel. Mais pour les acteurs du secteur, il y a urgence. Ils demandent la mise en place d’un fonds d’urgence, comme ce fut le cas en 2015 après l’attentat du Bataclan. La région Ile-de-France a déjà réagi en débloquant vendredi un fonds de 10 millions d’euros pour la culture. D’autres régions devraient suivre. Le délégué général de l’ensemble Les Siècles, Enrique Thérain, lance un appel : « Il faudrait aussi que les grandes entreprises privées viennent nous aider, comme ce fut le cas après l’incendie de Notre-Dame-de-Paris. Ce sont aujourd’hui les cathédrales de la culture qui sont menacées. Les conséquences sont cataclysmiques pour notre secteur ». Les ensembles les plus fragiles économiquement pourraient ne pas survivre à cette crise.

Il faudra aussi une impulsion européenne, même si la culture n’est qu’une compétence d’appui de l’Union. Car la répercussion de l’épidémie sur le secteur culturel touche tous nos voisins : en Italie, cela fait plus de deux semaines que l’ensemble des musées, opéras ou cinémas sont fermés.

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