Les assurances face au coronavirus

Mathilde Blayo 20/03/2020

L’épidémie du Covid-19 met tout le secteur culturel en difficulté financière. Dans quelle mesure les assurances entrent-elles en jeu ?

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Salles, organisateurs, producteurs, prestataires, artistes… les acteurs du secteur culturel sont nombreux à être touchés par la crise épidémique. Les conséquences financières sont importantes pour des organisations déjà économiquement fragiles et les assurances sont pleinement mobilisées.

« Aujourd’hui, les problèmes concernent surtout celui qui a qualité d’organisateur. Ça peut être une salle qui organise ses propres concerts, des producteurs qui n’utilisent pas d’organisateurs ou des organisateurs indépendants », explique Guillaume Arnoux, directeur d’Arnoux Assur, courtier en assurances spécialisé dans le spectacle vivant. 

Le risque épidémie

Pour que les assurances puissent prendre en charge les annulations, « il faut, avant tout, qu’un contrat d’assurance annulation ait été souscrit auprès d’une assurance », explique Jean-François Rebut, assureur chez Verspieren. S’il n’y en a pas, il faut alors regarder dans les conditions générales de vente et traiter directement avec les fournisseurs, les artistes… De nombreuses salles de concert ne peuvent pas faire jouer leurs assurances dans le contexte actuel.
S’il existe un contrat d’assurance, les contrats tout risque pris auprès d’un assureur incluent « la mort du président, la chute d’un satellite… mais pas une guerre mondiale ou un défaut d’organisation, ni, par défaut, un attentat, une épidémie ou une grève. Certaines de ces exclusions sont rachetables au moment de la signature du contrat », explique Jean-François Rebut. Ainsi le contrat d’assurance peut inclure, ou non selon le rachat de l’exclusion, le risque d’épidémie.

Avant le 30 janvier

Certaines épidémies peuvent être exclues des couvertures comme Ebola, le SRAS, le H1N1. Et depuis le 30 janvier, c’est aussi le cas du Covid-19. Il faut donc avoir contracté une assurance annulation prenant en compte le risque d’épidémie avant le 30 janvier pour espérer une prise en charge du Covid-19. « Les assurances se basent sur le principe d’aléa. Y aura-t-il de la pluie à Roland-Garros, un incendie ? On ne peut pas le prévoir et c’est ce risque qu’on assure. Depuis le 30 janvier et l’annonce par l’OMS d’une épidémie mondiale du Covid-19, il n’y a plus d’aléa », explique Jean-François Rebut. Or « les organisateurs ont tendance à attendre avant de contracter une assurance. Il n’y a pas que des professionnels privés, mais aussi des associations, des collectivités qui attendent que tous les frais soient engagés avant de contracter une assurance », rapporte Guillaume Arnoux. « Il faut vraiment anticiper et prendre ces contrats d’assurance à l’avance, ça ne coûte pas plus cher », rappelle Jean-François Rebut. Néanmoins, Guillaume Arnoux craint que certaines compagnies « jouent sur la proximité entre le Covid-19 et  le SRAS  pour les contrats signés avant le 30 janvier, tentant d’invalider la prise en charge pour épidémie ».

Frais engagés récupérables

Dans la plupart des cas, l’assurance devrait pouvoir prendre en charge les frais engagés récupérables, c’est-à-dire les frais qui restent à la charge de l’organisateur en cas d’annulation (location d’un lieu, frais de prestation technique, coût des artistes, communication…).  « Mais les compagnies d’assurance vont attendre de voir ce que le gouvernement se propose de prendre en charge, de façon à le déduire de ce qu’elles pourraient verser à leurs clients », explique Guillaume Arnoux. Les procédures de prise en charge et d’indemnisation pourraient ainsi être retardées par les annonces gouvernementales et par la quantité de dossiers à traiter.

« Un secteur en première ligne »

« C’est un secteur qui a été en première ligne ces cinq dernières années, qui a connu beaucoup de coups durs avec les attentats, les grèves et manifestations, rappelle Guillaume Arnoux. Un festival c’est une fois par an. Ce ne sera pas comme les restaurants, qui vont rouvrir quand ce sera terminé. Là, il y a un risque d’année blanche pour beaucoup de nos clients, ce qui remet parfois en question leur existence. » Les festivals d’été doutent aujourd’hui de la marche à suivre : faut-il ou non commencer ou continuer à engager des frais ? « L’annulation des festivals d’été se joue aussi maintenant », explique le directeur d’Arnoux Assur, qui rappelle que les annulations ont une répercussion importante sur les prestataires techniques et pourraient en avoir sur des entreprises comme la sienne.

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