Jean-Philippe Thiellay : « Le CNM a mobilisé tous les moyens disponibles »

Antoine Pecqueur 20/03/2020

Le président du Centre national de la musique (CNM) répond à nos questions sur la gestion de la crise du Covid-19 dans le secteur musical.

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Le montant du fonds de secours pour la musique mis en place par le CNM s’élève à 11,5 millions d’euros. « Un effort totalement déconnecté de la réalité » répond le Prodiss, le principal syndicat du secteur privé de la musique, tandis que l’USEP-SV, regroupement syndical du spectacle vivant public, parle d’un « budget sans rapport avec les réalités ». Que leur dites-vous ?

C’est une réponse en urgence aux besoins des TPE, des PME, très nombreuses dans le secteur. Mais ce n’est qu’une première réponse. J’ai conscience qu’elle n’est pas à la hauteur des enjeux des prochaines semaines. Mais ce montant peut déjà faire la différence pour des structures en difficulté.

L’aide de trésorerie pour ce fonds est plafonnée à 11 500 euros par structure. N’est-ce pas dérisoire quand une tournée d’un ensemble représente plusieurs centaines de milliers d’euros ?

Ce n’est pas ce que me disent de nombreux responsables. Et je tiens à rappeler que cette aide vient en complément d’autres soutiens, comme le report de charges, le report d’impôts, qui s’appliquent à toutes les entreprises ou encore l’aide forfaitaire de 1500 euros du fonds de solidarité du ministère de l’Economie pour les TPE et les indépendants. Nous avons mobilisé tous nos moyens disponibles. Aurions-nous dû attendre ? On doit apporter des réponses immédiates, même si elles devront nécessairement être complétées.

Sur les 10 millions d’euros qu’apporte le CNM, à côté du 1,5M d’euros apporté par les organismes de gestion collective, la plus grande partie vient en fait du montant prévu dans la loi de finances pour le financement du CNM… Ce n’est donc pas un nouvel apport ?

Sur les 10 millions d’euros du CNM, 4 millions viennent du fonds de roulement du CNM qui a succédé au CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz) le 1er janvier dernier. Sur les 7,5 millions d’euros prévus dans le PLF, nous prenons 6 millions pour ce fonds. L’Etat nous a donné la garantie de reconstituer les moyens après la crise.

Mais avec ces moyens, n’est-ce pas le périmètre de l’ex-CNV et non le projet du CNM dont l’augmentation budgétaire devait permettre de regrouper toutes les esthétiques ?

Notre règlement intérieur nous permet dès aujourd’hui d’accueillir et d’aider toutes les esthétiques. Un petit festival de musique classique peut venir demander une aide. Ce n’était pas le cas avant janvier. Quant aux moyens, ils seront reconstitués après la crise.

L’Etat demande aux opérateurs les plus subventionnés d’honorer les contrats de cession prévus. C’est bien la clause de force majeure qui est au cœur des débats. Mais comment des structures déjà fragiles économiquement pourront-elles payer ces cachets sans ressources de billetterie ?

Je comprends la demande de l’Etat d’encourager les structures à honorer leurs engagements. Car au bout de la chaîne ce sont les artistes qui perdent leur rémunération. Entre la difficulté économique d’une structure et celle d’une personne et de sa famille, il faut trouver la meilleure solution et c’est ce que nous avons essayé de faire puisque l’aide du CNM est majorée si les artistes sont rémunérés

Le sort des intermittents nourrit aujourd’hui l’inquiétude. Ne faut-il pas mettre en place l’activité partielle pour les CDDU (contrat à durée déterminée d’usage) ?

Les règles pour les intermittents doivent évoluer. Nous sommes associés à cette réflexion. La période d’inactivité risque de faire sortir des intermittents du régime. Mais cela prend du temps, il faut le comprendre.

Incitez-vous les spectateurs à ne pas demander le remboursement de leurs places ?

Je l’ai expérimenté à titre personnel. Et je suis effectivement favorable à ce que les spectateurs qui le peuvent ne se fassent pas rembourser leurs places. Et j’espère que dès la fin de cette crise sanitaire il y aura une ruée du public dans les salles pour montrer sa solidarité avec le secteur.

Que pensez-vous de la proposition de déduire fiscalement le montant du billet acheté, au même titre qu’un don ?

Je soutiens cette idée. Mais il faudra débattre de cela avec le ministère des Finances. Car un don et le régime du mécénat sont liée à la question de l’intérêt général et c’est évidemment très encadré. Et il faudra être vigilant à ce que l’aide aux structures aille ensuite aux artistes.

En appelez-vous aussi aux grandes entreprises privées pour venir aider le secteur ?

C’est une idée sur laquelle je travaille. Le CNM est un établissement qui mêle le public et le privé. Les organismes de gestion collective (Sacem, Adami, Spedidam…) appartiennent au secteur privé. Il est aussi important d’impliquer les collectivités territoriales et nous avons commencé à sensibiliser les régions à ce sujet. Et même la population dans son ensemble pourra être amenée à soutenir le secteur.

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