Covid-19 : Rencontre avec le “ténor fenêtre”

Chaque soir, à 19h, Stéphane Sénéchal ouvre sa fenêtre et se met à chanter. Depuis le premier jour du confinement, sa voix résonne dans le 9e arrondissement de Paris.

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Comment vous est venue cette idée ?

Lorsque j’ai appris la nouvelle du confinement, j’ai croisé ma voisine âgée en bas de chez moi en sortant mes poubelles. Elle s’inquiétait.

« Avec ce confinement on va être encore plus isolée maintenant », m’a-t-elle dit avant de rentrer chez elle. Je suis remonté dans mon appartement, avec cette phrase en tête. Je ne suis pas médecin, ni aide-soignant. Je ne travaille pas dans les magasins ou dans la fonction publique. C’est vrai, mais je suis ténor. Spontanément, j’ai ouvert ma fenêtre qui donne sur la rue et je me suis mis à chanter La Marseillaise. Le but n’était pas de faire un récital ou un concert, l’heure était trop grave pour ça. Mais je voulais exprimer mon soutien à la nation et à mes voisins. A la première note ça m’a parue être une évidence. Après le ténor dramatique, le ténor lyrique, le ténor léger…  Voici le ténor fenêtre !

Et votre nouveau public est satisfait ?

Je n’ai pas encore reçu de tomates en pleine figure donc j’imagine que oui (rires) ! Plus sérieusement, nos fenêtres sont devenues notre seul moyen de communication. Tous les soirs, à 19h, mes voisins se penchent pour m’écouter, m’encourager et m’applaudir. Ils me demandent ce que je chanterai le lendemain. Mais je crois que ma plus grande victoire a été de faire pleurer d’émotion ma voisine d’en face, pour qui je vais faire des courses de temps en temps. Leur sourire n’a pas de prix dans cette période difficile. Chaque soir, c’est l’occasion de partager un moment chaleureux. Il y a même des personnes d’autres quartiers qui viennent me voir maintenant. Je leur cris : « Rentrez chez vous, c’est promis, je chanterai plus fort la prochaine fois! ». Ça m’amuse beaucoup, mais il faut penser au confinement avant tout. 

Chanter à sa fenêtre c’est mieux qu’à l’Opéra ?

C’est beaucoup plus fort et beaucoup plus prenant. J’ai déjà interprété Roméo ou encore Le barbier de Séville, qui chantent depuis leur balcon. Mais là, on ne joue pas de rôle. On démystifie complètement l’opéra. Il n’y pas de maquillage, pas de costume, pas de mise en scène… Il y a juste nous, nos émotions et notre humanité. On est très loin de l’art sublimé ou du divertissement. C’est la réalité. Et elle n’est pas forcément joyeuse. Je suis profondément ému quand je suis à ma fenêtre. Je pense à toutes ces personnes qui travaillent encore pour que l’on puisse tout simplement continuer à vivre. J’ai pris conscience que l’artiste avait toute sa place en temps de crise. Après tout, un peuple debout est un peuple qui chante. 

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