« Les musiciens sont sans doute plus à même de supporter le confinement »

Mathilde Blayo 26/03/2020

Laetitia Santarelli est psychologue du travail au Centre médical de la Bourse (CMB). Elle nous explique les risques du confinement et comment vivre au mieux cette période.

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Quels peuvent être les effets psychologiques du confinement ?

C’est une situation assez nouvelle, mais on a les premiers retours sur ce qui s’est passé pendant le confinement en Chine. Ce qu’on observe, de manière générale, c’est une majoration des troubles anxieux. Des personnes qui sont naturellement anxieuses peuvent développer une anxiété généralisée, allant jusqu’à l’attaque de panique, l’hypocondrie. On retrouve aussi l’irritabilité, la difficulté de concentration, l’indécision, l’ennui, la frustration, la dépression. Dans le cadre du confinement, aujourd’hui, il y a aussi un stress supplémentaire lié au virus.

Au bout de dix jours de confinement, on peut considérer qu’il y a un risque post-traumatique. Après la période de confinement, certaines personnes pourraient continuer de développer des troubles anxieux généralisés, particulièrement chez les phobiques sociaux.

Dans le cas de personnes habituées à un rythme de vie particulièrement intense, quelles peuvent être les conséquences ?

Il y a évidemment l’irritabilité et la colère d’être empêché d’exercer son activité. Il peut y avoir le sentiment d’étouffer, d’être privé de sa liberté. Dans cette période on touche aux confins, aux limites. Pour un musicien qui voyage beaucoup, qui a une grande indépendance, c’est une privation de liberté qui peut être difficile à vivre. Il peut être compliqué de se recaler au niveau du sommeil, quand on est habitué à ne pas trop dormir ou à vivre en décalé.
Il y a aussi un risque de rechute dans certaines addictions que l’ennui peut réveiller : l’alcool, des comportements compulsif, ce qui rejoint la colère.

Mais les musiciens sont sans doute plus à même de combattre l’ennui et la solitude. Ils ont pratiqué leur instrument en solitaire pendant des années, vivent une sorte de solitude partagée avec leur instrument. De plus, le statut d’intermittent a habitué certains à la gestion de l’incertitude.

Que préconisez-vous de faire pour vivre au mieux cette période ?

C’est du bon sens : il faut établir des règles, s’imposer une hygiène de vie saine entre le sommeil, les repas, de l’exercice. Il est aussi important de garder le lien avec les autres. Toutes les initiatives (Bach aux balcons, vidéos sur les réseaux sociaux…), permettent de maintenir ce lien. Pour des musiciens qui ont besoin de pratiquer et qui ont l’habitude de se produire, il est possible de tout simplement jouer aux fenêtres. La musique est un bienfait pour la santé mentale de tout le monde. En jouant pour les voisins, le musicien reçoit de la reconnaissance et fait plaisir à l’autre. Je crois que pendant cette période ils ont un vrai rôle à jouer pour nous aider à tenir le coup, à maintenir l’échange entre nous. C’est aussi une période propice à l’inspiration, à la composition. Il faut essayer de mettre cette période à profit dans un voyage intérieur.

Psychologiquement, que faut-il se dire ?

Il faut essayer d’identifier ses émotions : qu’est-ce qui fait que je suis anxieux ou en colère ? Il faut connaître ses émotions et les relier à l’événement : pourquoi le confinement a cet effet ? Parce que je suis privé de ma liberté ? Parce que j’ai l’habitude d’être indépendant et que là je suis bloqué avec mes enfants ? Parce que je suis seul ? En comprenant le pourquoi de ces émotions on peut commencer à les rationnaliser. Il va y avoir une fin à tout ça, nous devons accepter les choses. Ce n’est pas de la résignation, mais de l’acceptation. N’essayez pas de lutter contre vos émotions, cela renforce l’anxiété. C’est normal d’être triste et en colère, il faut simplement comprendre pourquoi et le rationnaliser. C’est un moment d’introspection qui peut être bénéfique pour soi. Privilégiez les activités agréables, faites de la relaxation, tenez-vous à des règles de vie saines.

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