Sylvaine Parriaux : « Il y a une incertitude pour le mécénat culturel »

Antoine Pecqueur 02/04/2020

La déléguée générale d’Admical, association pour le développement du mécénat, nous explique les répercussions du Covid-19 sur le soutien des entreprises.

 

Quelles sont les premières conséquences du Covid-19 sur le mécénat ?

Les grands groupes ont commencé à se mobiliser très en amont, dès mi-février alors que la crise était surtout concentrée en Chine. Aujourd’hui, les entreprises parent à l’urgence, avec, par exemple, des soutiens à l’AP-HP ou la réorientation de l’activité vers la production de gel et de masques, comme le fait LVMH. Mais le mécénat vise aussi le plus long terme, notamment quand la BNP aide l’Institut Pasteur pour la recherche. De leurs côtés, les petites entreprises s’engagent aussi, notamment à travers le don de produits et de services. C’est souvent du mécénat qui ne dit pas son nom : c’est le sens du devoir, hors de tout cadre fiscal, qui anime ces entreprises. L’enjeu sera d’estimer cette générosité qui prend des formes extrêmement diverses.

La crise économique qui arrive ne va-t-elle pas freiner le mécénat ?

Pour les entreprises qui auront réussi à passer le cap de la crise, il y aura une sensibilité encore plus forte à la nécessité de se mobiliser. Plus que jamais, les entreprises vont avoir à cœur de s’inscrire dans la société. Certains domaines, comme la santé ou la recherche, qui étaient jusqu’à présent peu soutenus par le mécénat, vont occuper une place plus importante. Il y a, par contre, une incertitude pour tous les autres domaines, en particulier la culture et l’environnement. Il n’est pas improbable que les soutiens prioritaires à la santé se fassent au détriment des autres secteurs. Toutefois, même le président de la République l’a souligné dans son discours, la culture a un rôle à jouer dans cette crise. Et en matière de mécénat culturel, on observe une évolution ces dernières années vers de plus en plus de soutiens pour les projets alliant culture et social. Cette tendance devrait se confirmer.

Cette situation intervient alors que le mécénat subit une profonde réforme sous l’impulsion du secrétaire d’Etat Gabriel Attal…

Nous nous sommes battus toute l’année dernière contre cette réforme qui visait à pointer du doigt le mécénat des grandes entreprises (en diminuant de 60 à 40% la déduction fiscale pour les dons de plus de deux millions d’euros, NDLR ). Or dans le contexte actuel, on voit justement que les grandes entreprises sont les locomotives du mécénat, qui est généralement plus sécurisé que dans les petites entreprises. Car les grands groupes peuvent prendre plus de risques, ont plus de ressources financières. Et ce n’est pas en augmentant – de manière salutaire – le plafond de défiscalisation pour les PME que cela pourra compenser les risques de pertes du côté des grandes entreprises. On le voit aujourd’hui : il y avait vraiment nécessité de conserver ce dispositif à l’heure où les associations sont dans des situations souvent difficiles, après avoir été confrontées, ces dernières années, à la suppression des contrats aidés ou de la réserve parlementaire.

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