La Lettre du musicien confiné

06/04/2020

#3 Extrait du recueil « Lettres de Musiciens Confinés » : Tomas Bordalejo, compositeur

«Ville quiète, ville inquiète»

“C’est inquiétant”. Inquiétant. Paradoxalement, ce qui in-quiète, c’est précisément la quiétude nouvelle de la ville. Silence méconnu. Une ville en manque de bruit.

Cloches d’église, sirènes d’ambulance, tintements du bus, musique frénétique des magasins… Autant de repères constitutifs de notre organisation spatiale et temporelle urbanisée, de moyens de communication, d’alertes, de manipulation ou de surveillance. Son et cité sont entremêlés et dans ce contexte d’activité diminuée et de confinement, un rapport renouvelé au son s’établit : la violence ne semble plus être dans le son, le bruit de la ville, mais bien dans son absence. Les citadins s’étonnent de cette ville repeuplée de sons “naturels” ou de silence. 

Nous sommes inégaux face au silence. S’il m’est familier, si certains le côtoient, d’autres vivent avec lui depuis toujours, d’autres enfin, êtres urbains totaux, le fuient, synonyme de solitude, d’isolement. 

L’artiste est un être particulier parmi tous ces êtres, intimement lié au silence et au son, qui n’existe que par leur articulation, mais qui disparaît lorsque l’un absorbe l’autre. Car le son dans la cité c’est aussi celui des voix, des chants, des instruments. Pour l’artiste, le silence c’est la mort. Sonner, résonner, c’est exister. Dès lors, je m’interroge: quelle place pour l’interprète, le compositeur dans cet étrange paysage sonore? Quel rapport à l’auditeur, à l’instrument? 

Alors, c’est une redécouverte. Concerts au balcon, festivals en ligne, orchestre virtuels… Les initiatives se multiplient, mais l’esprit qui les anime est différent. Il ne s’agit plus de l’art pour l’art ou de l’art pour l’industrie. Autant de facettes qui s’effacent au profit d’une seule, originelle: un art profondément social. Ceci rappelle à la société qui se désolidarisait du monde de la culture le rôle de rassemblement et de communication de l’artiste. 

Le confinement se révèle comme un moment de créativité renouvelée, une production culturelle non marchandisée, collective, mais aussi intime, à l’écoute active, où la performance nest plus un bien consommable, mais un véritable catalyseur social.

Arrivé en 2005 à Paris, Tomas Bordalejo s’est formé au conservatoire de Gennevilliers, au CRR de Paris et au Pôle supérieur de Paris-Boulogne-Billancourt. Sa rencontre avec le compositeur Bernard Cavanna fut tout particulièrement déterminante. Ses œuvres ont déjà été créées par l’ensemble L’Itinéraire, la violoniste Noémie Schindler ou le Budapest Music Center. Tomas Bordalejo est lauréat de la Fondation Banque populaire.

 

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