Ray Lema : « La musique traditionnelle doit avoir sa place dans l’enseignement »

Suzanne Gervais 06/04/2020

Ancien directeur musical du Ballet national du Zaïre, le pianiste congolais se bat pour inscrire la musique traditionnelle dans l’enseignement musical des pays d’Afrique.

Comment devient-on musicien professionnel, au Congo ?

En Afrique centrale, la musique est un art collectif. Dans notre tradition, il n’y a pas de musiciens professionnels, contrairement aux pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Mali ou le Burkina Faso, où certains ne font que de la musique et sont rétribués par la société. Au Congo, les instrumentistes apprennent seuls, jouent pour leur plaisir, reçoivent de temps en temps un peu d’argent, mais ce n’est jamais formalisé.

Chez nous, la musique, c’est l’affaire de tout le monde. À 5 ans, les enfants connaissent tous les claves de tous les rythmes de leur ethnie. La transmission orale prime encore, même si quelques grands établissements accueillent des étudiants.

Quelle est la place de la musique traditionnelle dans l’enseignement ?

Nulle. À l’Institut national des arts de Kinshasa, l’enseignement est calqué sur la France et la Belgique, avec le répertoire classique occidental. C’est formidable, mais les musiques et instruments traditionnels n’y sont pas enseignés. Je lutte contre cette bizarrerie depuis vingt ans. L’obstacle numéro un est que ces musiques ne sont pas archivées, pas transcrites. Quand un grand maître des musiques traditionnelles s’en va, tout disparaît avec lui !

Est-ce le cas pour toute l’Afrique subsaharienne ?

Les pays anglophones ont une longueur d’avance. Au Ghana, le gouvernement a pris conscience du problème : le compositeur et ethnomusicologue Joseph Nketia avait été le premier à faire l’inventaire et l’archivage de toutes les musiques traditionnelles du pays, qui ont été transcrites sur partition et enregistrées. Le Nigeria s’y met aussi, de même que l’Afrique du Sud et le Kenya. Du côté des pays francophones, rien n’a été fait. Je tire la sonnette d’alarme depuis des années pour que l’on préserve ce patrimoine et qu’il soit enseigné aux jeunes musiciens. Hélas, dans ces pays, la culture est souvent le ministère le plus pauvre… et le plus inexistant.

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