Covid-19 : Les musiciens et les réseaux sociaux

Mathilde Blayo 09/04/2020
Pendant le confinement fleurissent en ligne les vidéos d’interprètes jouant chez eux. Mais dans quel but ?

Depuis le début du confinement, les réseaux sociaux –Twitter, Instagram, Facebook – sont devenus nos salles de concert. Chaque jour, des musiciens postent des vidéos où ils jouent chez eux, seuls, en famille, ou en orchestre parfois par des logiciels. Un rendez-vous quotidien avec ses “followers” qui s’est installé immédiatement, par exemple, pour le violoniste Renaud Capuçon et son frère, le violoncelliste Gautier Capuçon.

« Le mieux que je puisse faire, c’est de la musique »

Ce dernier, en tournée aux États-Unis avant le confinement, se voit contraint de rentrer prématurément en France. « Ensuite, tous les concerts des mois de mars et avril s’annulent en chaîne. Je me suis retrouvé un samedi soir avec mon violoncelle en me disant : “Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?” » nous dit Gautier Capuçon qui utilisait jusqu’ici les réseaux sociaux pour diffuser des vidéos “officielles” de concerts, de répétitions. Le 14 mars, il poste sa première vidéo personnelle, la première suite pour violoncelle de Bach : « J’avais besoin de jouer, j’ai mis mon téléphone sur le pupitre et j’ai joué ce morceau mythique pour les violoncellistes. Je ne faisais pas cette vidéo pour faire quelque chose à tout prix. J’avais envie de partager ça avec le public et les retours ont été très touchants. » Dans les commentaires laissés sur ces vidéos, les internautes remercient le violoncelliste pour ces moments de musique.

« Ces vidéos donnent du sens à ma journée »

« J’ai besoin de faire ces vidéos pour m’exprimer, car je ressens un manque de ne pas être sur scène, de ne pas partager avec le public, explique Gautier Capuçon. Et je crois qu’on a tous besoin de culture et de solidarité dans ces moments. Moi, le mieux que je puisse faire c’est de la musique, alors je le partage. » Le violoncelliste Edgar Moreau nous parle aussi d’un besoin presque vital de se produire. « Je suis habitué à un rythme de concert très soutenu, ma vie se construit depuis dix ans sur la préparation de concerts et du jour au lendemain les perspectives sont réduites, confie-t-il. Ces vidéos donnent du sens à ma journée, un objectif. Elles me permettent de garder un lien étroit avec l’instrument. Dans un second temps j’ai vu à quel point ces vidéos pouvaient plaire, avec des retours très positifs. Ça m’a encouragé à continuer. » 

Se positionner pour la fin du confinement

D’autres artistes voient ces vidéos davantage comme des outils de promotion personnelle. « Il y a décidément un embouteillage de violonistes (et autres) pour les concerts home en streaming. La grande question (essentielle) est : qui va faire le plus de vues pour rester dans la course à la reprise ? » tweetait Jean-Louis Agobet, le 26 mars. Sans aucun but polémique, le compositeur constate « qu’il faut déplacer les choses pour continuer à exister. Je ne suis pas sûr que les solistes auront dans l’avenir la même facilité à circuler avec les grands orchestres dans les  mêmes conditions qu’avant le Covid », nous explique-t-il. Il ne porte pas ce constat sur toutes les vidéos, mais en considère certaines comme étant une « manière de se positionner pour la reprise ». Une analyse que conçoit Edgar Moreau : « Les réseaux sociaux ont une dimension égocentrique. Mais j’ai fait ces vidéos par nécessité, pas par intérêt. »

« J’essaie de cibler mes messages »

D’autres ont fait le choix de se tenir à l’écart des réseaux. Dans les premiers jours du confinement, le pianiste Nicolas Stavy a aussi eu l’envie « d’aller vers le public. Mais l’utilisation des réseaux sociaux m’a parue être une façon d’attirer l’attention sur soi. » Cette première impression n’est plus forcément la même aujourd’hui, trois semaines après le début du confinement, mais il préfère « garder une certaine distance avec les réseaux qui ont quelque chose d’artificiel » et communiquer autrement avec son public. « J’essaie de personnifier, de cibler mes messages aux personnes qui m’écrivent. Le côté “à tout le monde” des réseaux me dérange un peu. ». Le pianiste invite à réécouter des disques, à regarder des vidéos de concert, « à prendre du recul. Je ne me mets pas en opposition avec ceux qui font des vidéos, je crois qu’il faut juste rester soi-même. »

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous