Les octobasses de Montréal

Mathilde Blayo 16/04/2020

L’Orchestre Symphonique de Montréal est désormais doté de trois octobasses, un instrument rare dont nous parle Eric Chappell, contrebassiste et désormais octobassiste de l’orchestre.

Comment joue-t-on de l’octobasse ? 

Nous avons trois modèles. Le premier, que nous avons reçu en 2016, est une reproduction fidèle de l’octobasse originale de Jean-Baptiste Vuillaume, du XIXème siècle. Elle fonctionne avec des pédales et des leviers, des sortes de capodastres qui ferment les trois cordes de l’instrument en même temps. 

 Les deux octobasses que nous avons reçues en début d’année sont plus modernes et offrent davantage de possibilités. Il y a un système de clavier qui permet de ne pas appuyer sur l’ensemble des cordes en même temps. Ce système a dû être assez compliqué à mettre en place pour le luthier français Jean-Jacques Pagès qui a réalisé nos trois instruments.

Pour l’archet également, au début il était basé sur l’original mais il était trop gros, donc nos nouveaux archets sont plus modernes bien qu’ils restent plus long et lourds que ceux de la contrebasses. On pourrait croire que l’octobasse est proche de la contrebasse mais en réalité on en est très loin ! L’octobasse fait 3,6 mètres de haut, il y a trois cordes (la, mi, si), des pédales. Je suis contrebassiste mais il a fallu que j’apprenne seul à en jouer. Je suis allé en Italie rencontrer Nicola Moneta, alors seul octobassiste dans le monde. Avec les nouvelles octobasses nous sommes trois maintenant à en jouer à l’Orchestre de Montréal.

Quelle sensation vous procure l’octobasse quand vous jouez ?

C’est une tonalité très grave. Quand on est debout, à côté de l’instrument, on le sent très fortement, il vibre beaucoup. C’est vraiment un moment physique, on ressent la vibration de l’instrument. J’ai toujours été intéressé dans ces fréquences graves donc c’est un rêve pour moi de jouer de cet instrument.

Quel répertoire explorez-vous avec l’octobasse ? 

Hector Berlioz est le seul à avoir écrit pour l’octobasse. Mais on peut l’ajouter dans tout le répertoire pour grand orchestre, particulièrement de la période romantique. Strauss, Brahms, Dvorak… ça marche bien sur ces musiques pour orchestre d’après 1850. Je jouerai bientôt sur le Requiem de Fauré. Je suis les partitions pour contrebasse, tuba ou contrebasson sans rajouter de solo. L’octobasse est plus efficace dans les fortissimo qu’une contrebasse.
Quelques compositeurs contemporains s’intéressent également à l’octobasse. J’ai aussi joué pour des musiques de films et de jeux vidéos. En ce moment je travaille sur un album de jazz avec un contrebassiste. L’octobasse n’est pas tellement un instrument de jazz mais il offre tellement de possibilité de son, il est tellement flexible.  

Pourquoi l’OSM s’est-il intéressé à cet instrument ? 

Je l’ai mentionné au maestro il y a 10-12 ans, sur le ton de la blague. C’est un instrument de légende pour moi, j’en avais entendu parler, vu quelques photos… Je ne pensais pas que c’était possible d’en commander une. Kent Nagano, le directeur musical de l’OSM, cherche toujours quelque chose de plus pour l’orchestre, quelque chose de nouveau et voulait tester, découvrir comment un orchestre allait sonner avec une octobasse. C’est aussi, évidemment, une façon originale d’attirer l’attention sur l’orchestre.  

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