Série : ces musiciens qui ont vécu dans l’isolement

André Peyrègne 17/04/2020
#6 : Paganini se met à l’abri de la police.
En se réfugiant à Marseille chez son ami notaire Camille Brun, Paganini s’imaginait qu’il serait à l’abri de la police parisienne. Le soleil de Provence et la nonchalance de la vie méditerranéenne lui donnaient l’impression d’être loin des tracas de la capitale.

Sa trace fut pourtant retrouvée. Au mois de mars 1839, il reçut une lettre lui annonçant qu’il était condamné à 20000 francs d’amende pour avoir entraîné la faillite de l’établissement qu’il avait ouvert à Paris sous le nom de «  Casino Paganini ».

Le casino en question, rue Chaussée d’Antin, était une maison de jeux dans laquelle, pour attirer la clientèle, il s’était engagé à donner deux concerts par semaine. Son état de santé s’étant dégradé, il n’avait pu honorer cet engagement et les actionnaires lui avaient imputé la faillite de l’établissement.  

La police lui avait alors interdit de quitter Paris avant la tenue du procès – et cela d’autant plus qu’il était accusé par un des actionnaires du Casino de… tentative d’homicide !

Paganini avait, malgré tout, fui la capitale en compagnie de son fils Acchilino alors âgé de 14 ans. Lui en avait 56.

Sentant que les choses tournaient mal, il estima qu’il serait préférable de quitter la France.

C’est ainsi qu’on le retrouva à Nice. Cette ville, à l’époque appartenait au Royaume de Piémont-Sardaigne. (Elle ne deviendrait française que vingt ans plus tard à la suite de négociations entreprises par Napoléon III sous la pression de sa jeune maîtresse, la comtesse de Castiglione - mais cela est une autre histoire!)

Paganini avait dans cette ville un ami et admirateur, le comte de Cessole, président du Sénat de Nice. Ce haut personnage mit à sa disposition un appartement au numéro 23 de l’actuelle rue de la Préfecture dans lequel il pourrait vivre caché avec son fils.

Atteint de tuberculose

A vrai dire, son isolement était nécessité par ses affaires judiciaires mais aussi par son état de santé. Atteint de tuberculose, Paganini allait de plus en plus mal. Il avait des difficultés à respirer et à parler. A la lueur des bougies, son physique squelettique, son visage anguleux et sa chevelure effilochée lui donnaient une allure diabolique.

Lorsque son état s’aggrava, son fils fit venir un prêtre à son chevet. Croyant le musicien mourant, Cafarelli - c’était le nom du prêtre – se pencha au dessus de son lit. C’est alors que, pris d’un sursaut inattendu, Paganini se redressa et l’agonit d’injures. Prenant ses jambes à son cou, le prêtre se rua chez l’évêque : « Je viens de voir le diable, lui dit-il , hors d’haleine! »

La rumeur commença alors à se répandre dans les rues étroites et sombres de la vieille ville que le diable s’était installé à Nice. On chuchotait cela, dans l’ombre, à la nuit tombée. On se signait en passant devant chez lui.

Les journaux niçois relayèrent l’information. Ils retrouvèrent un aveugle qui, abasourdi par le jeu de Paganini lors d’un concert donné à Nice quelques années auparavant, avait demandé à son accompagnateur :

« - Combien sont-ils sur scène ?

- Mais, ils sont… un !

- S’ils sont un, c’est que c’est le diable, fuyons, fuyons ! »

La presse rapporta les propos de l’écrivain allemand Heine : « Quand Paganini fouettait l’air de son archet, on entendait des hurlements insensés retentir sous l’abîme… Je crus voir sortir de vagues sanglantes des têtes de démons! »

Ou bien ceux de Goethe : « Un tel phénomène n’est pas explicable par le seul jeu des lois humaines. »

Ou encore ceux du sérieux Times, qui, lors de la présence de Paganini à Londres, avait écrit : « Ne laissez vos enfants traîner dans les rues de peur qu’ils ne croisent le diable ! »

Alors, lorsque le violoniste mourut le 27 mai 1840, l’évêque de Nice, Mgr Galvano, décida formellement de lui interdire toute sépulture en terre chrétienne !

Il n’eut pas l’occasion de vérifier que sa décision fût appliquée. Car, le lendemain, le cadavre de Paganini avait disparu…

A suivre !

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