Bronca autour du nouveau Centre national de la musique

Antoine Pecqueur 21/04/2020

Le CNM essuie de lourdes critiques dans sa gestion de la crise du Covid-19, tant en matière de gouvernance, de moyens que de stratégie. Analyse.

Inauguré au 1er janvier, le Centre national de la musique (CNV) doit affronter trois mois après son lancement l’arrivée du Covid-19. L’impact de la crise sanitaire sur le secteur culturel donne a priori toute sa raison d’être à cet établissement, construit à partir de l’ex-CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz). Mais très rapidement, les structures partenaires, qu’il s’agisse de syndicats ou des organismes de gestion collective, expriment de profonds doutes sur la politique mise en œuvre par le président du CNV, Jean-Philippe Thiellay.

Il est déjà question de moyens. Face à la crise, le CNM met en place un fonds de secours de 11,5 millions d’euros, dont 6 viennent de l’enveloppe prévue dans le projet de loi de finances de 2020. « Un effort totalement déconnecté de la réalité », répond le Prodiss, le principal syndicat du secteur privé de la musique, tandis que l’USEP-SV, regroupement syndical du spectacle vivant public, parle d’un « budget sans rapport avec les réalités ». D’autant que le fonds est plafonné à 11 500 euros par structure… Un montant, qui pour beaucoup, semble dérisoire. « Nous avons mobilisé tous nos moyens disponibles », nous répond Jean-Philippe Thiellay. Mais très rapidement, les organismes de gestion collective lancent leurs propres fonds, comme la Sacem ou plus récemment l’Adami, qui consacre aux artistes un plan d’ampleur équivalente de 11,3 millions d’euros.

Partenariat controversé avec Spotify

Fin mars, le CNM est sollicité par Spotify, qui propose d’abonder, par un appel aux dons, le fonds de secours du CNM. Là aussi, la pilule ne passe pas auprès de nombreuses structures membres du CNM, qui s’offusquent de voir une plateforme privée de streaming, critiquée pour sa politique de rémunération des artistes, s’associer à l’établissement public. D’autant que cette opération, décidée en solo par Jean-Philippe Thiellay et non soumise à un vote du conseil d’administration, est annoncée à grand renfort de communiqués de presse.

La gouvernance du CNM crée de vives crispations. Des membres du conseil d’administration nous confient avoir l’impression que « Jean-Philippe Thiellay dirige seul ». « Sur le fonds de secours, le communiqué du ministère de la Culture est sorti avant même que nous votions… », glisse l’un de ses membres.

Fragilité du modèle économique

Le fonctionnement même inquiète : les commissions d’aides ne se tiennent plus, hypothéquant l’aide nécessaire à la reprise d’activité du secteur. « Le centre est fragilisé jusque dans son modèle économique », poursuit une source proche du dossier. La majorité du budget du CNM vient de la taxe fiscale perçue sur les recettes de spectacles ; or les concerts ne se déroulant plus, le manque à gagner risque d’être colossal. Et le financement du fonds de secours, à partir des moyens existants, préempte le fonctionnement même de l’établissement.

« Le Covid-19 était l’occasion inespérée pour le CNM d’exister », nous dit un membre du conseil d’administration, qui regrette qu’« au lieu de fédérer, Jean-Philippe Thiellay divise ». En somme, le monde des grandes institutions culturelles face aux acteurs indépendants et privés. Jean-Philippe Thiellay a encore accentué cette crainte en recrutant une chargée de mission, Anne-Sophie Bach, issue, comme lui, de l’Opéra de Paris.

Au même moment, le milieu du cinéma s’organise activement avec le CNC, mettant en place des actions urgentes, notamment sur la question des assurances. Pour prouver son rôle, le CNM n’a plus d’autre choix, maintenant, que de s’emparer urgemment de la gestion du déconfinement. L’enjeu premier est d’apporter un peu de clarté au flou sur le maintien des festivals. Une gageure.

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