La Lettre du musicien confiné

23/04/2020

#9 : Hélène Fouquart, pianiste

« Solidarité à tout prix »

D’abord, être interloqués, sidérés, se retrouver tellement désemparés que l’on ne sait plus à quoi va pouvoir nous servir tout ce temps dont on dispose et qui nous apparaît tout d’un coup si long !

Et puis, petit-à-petit, après bien des interrogations, découvrir de nouvelles sensations, retrouver des parfums que l’on avait oubliés.

Après la course effrénée du temps que l’on ne peut maîtriser, retrouver avec effarement qu’il est bon de n’avoir aucune obligation. Finalement, après la folie de la vie habituelle, les transports, la montre toujours consultée, la sensation que la journée a passé et que l’on n’a pas eu le loisir de faire tout ce que l’on avait prévu, tout-à-coup se dire : tiens, mais je n’ai rien à faire de précis aujourd’hui ! L’agenda, qui était rempli, et qui tout à coup se retrouve vidé. Plus de répétitions, plus de personnes à voir, plus de concerts, tout s’est enfui en quelques heures…

Retrouver la proximité de cette nature à laquelle nous ne faisions plus attention, s’émouvoir du chant des merles dans le jardin, s’apercevoir que l’arbre qui était nu a subitement des petites pousses vertes et adorables, s’amuser de la course effrénée de deux petits lézards sur les pierres, passer quelques minutes au soleil et s’apercevoir du bienfait de ses rayons, s’asseoir au piano, travailler, travailler encore, travailler sans cesse cette musique salvatrice qui guérit les maux de l’âme à défaut de ceux du corps !

Et si, se préoccuper du bienfait des autres était devenu subitement plus important que tout ?
Bien sûr, notre vie n’était pas vide et inutile auparavant, mais n’est-ce-pas important aussi de se préoccuper de nos proches, que nous ne pouvions même plus voir, dans un temps précédent, car nous avions mille choses à faire ? Et puis, se mettre à rendre service à un voisin un peu plus âgé, qui est démuni, dans ces temps si difficiles, en lui rapportant ses courses et en lui accordant, par la même occasion, un petit peu d’attention. Communiquer tout-à-coup avec une personne inconnue, lui apporter une aide et même de loin, échanger un sourire, n’est-ce-pas cela le bonheur absolu ? Ouvrir la fenêtre et jouer Bach, Mozart ou Debussy pour les voisins de la rue de ce petit village entouré de champs et ainsi partager un moment ensemble tout en respectant les gestes barrières, n’est-ce pas cela le sens profond de la musique ?

N’est-ce-pas dans ces moments si difficiles l’occasion d’apporter notre aide à quelqu’un qui n’a pas notre chance ? Il existe tant et tant de moyens d’apporter un peu de bien autour de nous, peut-être devons-nous à tout prix découvrir en nous-mêmes le chemin d’aller vers l’autre, à une époque où justement la maladie voudrait nous séparer.

La réponse est en nous, au plus profond de notre être, puissions-nous, dans cette parenthèse terrible, nous apercevoir que peut-être le temps est venu de nous recentrer sur l’essentiel, de ne plus avoir recours à la futilité, de ne plus être indifférent aux autres et de retrouver le véritable sens de la vie !

Hélène Fouquart a étudié aux CNSMD de Paris et de Lyon dans les classes de Florent Boffard et Claire Désert. Elle est lauréate de plusieurs concours internationaux (Gabriel-Fauré, Nice Côte d’Azur…). En 2018, elle intègre l’Académie Jaroussky, où elle reçoit l’enseignement de David Kadouch.  Elle se produit tant en récital solo qu’en musique de chambre. Hélène Fouquart est lauréate de la Fondation Banque Populaire.

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