Série : Ces musiciens qui ont vécu dans l’isolement

André Peyrègne 24/04/2020

#7 : Le cadavre de Paganini a disparu… (2)

Il fallait se rendre à l’évidence, le cadavre de Paganini avait disparu… Il n’y avait plus de trace du corps du violoniste, au lendemain de sa mort, le 27 mai 1840, à Nice, dans le logement où il s’était isolé pour fuir la police française. Nice, à l’époque, appartenait au Royaume de Piémont-Sardaigne.

Des recherches furent lancées. On ne trouva nulle trace de la dépouille dans les appartements voisins. La police enquêta dans les locaux de la cathédrale toute proche. On se souvient en effet que l’évêque, Mgr Galvano, avait interdit à Paganini toute sépulture en terre chrétienne, car il le croyait la réincarnation du diable! Des membres de l’Église très influents à Nice, n’avaient-ils pas fait disparaître son corps? Les recherches furent vaines.

Peut-être le cadavre avait-il été évacué par les souterrains de la ville? Ils sont jusqu’à aujourd’hui source de légendes, lieux de sorcellerie, crimes, adultères, trafics et évasions en tous genres. Ils passaient à l’époque sous l’ancien ghetto de Nice et ressortaient, disait-on, aux abords de la ville, là où, aux premiers temps du christianisme, saint Pons avait été décapité. 
La police déclara n’avoir rien trouvé dans les souterrains niçois.
Et pour cause ! Elle savait, la police, où se trouvait le corps. C’est elle, en effet, qui l’avait fait disparaître! Elle avait agi sur ordre du puissant comte de Cessole, président du Sénat de Nice.Ce haut personnage, qui était un ami, admirateur et disciple de Paganini, ne pouvait supporter qu’il n’ait pas droit à une sépulture digne de lui. Il avait donc décidé de mettre le corps à l’abri, le temps de faire appel au roi de Piémont-Sardaigne et au pape pour qu’ils autorisent son inhumation.
Auparavant, il l’avait fait embaumer. Il l’avait ensuite caché dans… une cuve à huile de sa propriété.

Vint le temps de la cueillette des olives. La présence du cadavre devint embarrassante. Le comte de Cessole le fit donc transférer au Lazaret de Villefranche-sur-Mer. Jadis, on y emprisonnait les galériens. On y avait aussi enfermé les malades du choléra lors de l’épidémie de 1830. Le corps serait en sécurité. C’est du moins ce que croyait le comte.

Il changea d’avis le jour où il apprit qu’un obscur personnage d’origine anglaise était venu proposer au gardien du lieu de lui... acheter l’illustre dépouille. Le comte fit alors placer le cadavre du musicien dans une barque, et par une nuit sans lune, lui fit traverser la rade de Villefranche-sur-Mer jusqu’au Cap-Ferrat. Ce lieu, aujourd’hui quartier de milliardaires, était à l’époque quasi désertique. Un des amis du comte de Cessole, le comte Caïs de Pierlas, y possédait un terrain. C’est là que reposerait la dépouille du violoniste. On confond parfois cet endroit avec le “trou Paganini”, que certains guides signalent dans l’ilôt Saint-Ferréol, au cœur des îles de Lérins, au large de Cannes. Il s’agit d’une fausse légende, entretenue par Guy de Maupassant.

Au printemps 1844 arriva enfin l’autorisation d’inhumation, émanant du roi de Piémont-Sardaigne. Le souverain demandait que cela se fasse dans la ville natale du compositeur, Gênes. Et c’est ainsi que le 14 avril 1844, un cercueil plombé quitta Nice, sous surveillance policière, à bord du Maria-Maddalena. Quatre ans après sa mort, le corps de Paganini allait enfin trouver le repos éternel. C’est du moins ce qu’on croyait.

Mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Paganini ne devait trouver de sépulture définitive que… quarante neuf ans plus tard... (A suivre)

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