Covid-19 : l’enseignement de la musique au lycée en fragilité

Mathilde Blayo 29/04/2020

Depuis le début du confinement, les enseignants de l’éducation nationale ont dû s’adapter et font encore face à de nombreuses incertitudes : le contrôle continu, la reprise des cours…

L’enseignement artistique au lycée fait face à de nombreux défis pendant cette crise du coronavirus. Le ministre de l’Education nationale avait enjoint l’ensemble des professeurs, dès le début du confinement, à maintenir la « continuité pédagogique » avec leurs élèves. Il y  a quelques semaines, il annonçait l’annulation des épreuves du baccalauréat qui sera obtenu sur contrôle continu. Mardi 28 avril, les enseignants et lycéens apprenaient enfin qu’une reprise des cours était plus qu’hypothétique et se ferait potentiellement en juin.

La continuité pédagogique

Professeurs et élèves des filières générales, avec spécialité ou option musique, et des filières technologiques TMD (technique de la musique et de la danse) ou S2TMD (sciences et techniques du théâtre, de la musique et de la danse), ont dû s’adapter pendant le confinement pour continuer les cours. Emmanuelle Neymarck, enseignante dans les filières technologiques du lycée La Bruyère à Versailles, a tenu à maintenir les exercices pratiques : « Avec les 2de qui travaillait sur les berceuses, je leur ai demandé de m’envoyer des enregistrements vidéo individuels » Emilie Desbrières, professeure au lycée général Pontus de Tyard à Chalon-sur-Saône, a créé sa chaîne YouTube privée où elle publie des vidéos réexpliquant les gestes du vocal painting, des circle song qu’elle utilise dans la chorale du lycée afin que les élèves puissent s’entraîner. « J’ai enregistré tous les morceaux voix par voix pour qu’ils puissent chanter avec un accompagnement. Je récupère ensuite leurs enregistrements pour faire une vidéo montée. Ils sont très frustrés car on a travaillé toute l’année sur ces créations, alors j’ai fait le choix de passer du temps sur le montage pour qu’il leur reste quelque chose de tout ça », explique-t-elle.

Mobilisation mitigée

Au lycée Bellevue du Mans, Joël Bodereau envisage aussi de réaliser une vidéo montée avec sa fanfare de lycéens. Pour l’heure, il maintient le lien avec ses élèves à travers des cours théoriques et des exercices à faire : « Mais certains ont des problèmes de connexion, d’autres n’ont pas d’accès facile à un ordinateur. En gros, les bons élèves sont toujours les bons élèves et les autres font les morts. » Emilie Desbrières utilise des padlet et le pronote du lycée pour mettre les cours et exercices à disposition de ses élèves. Elle leur donne aussi rendez-vous sur les “classes virtuelles” du CNED, mais elle a pu constater un engagement mitigée de ses élèves, particulièrement en terminale, une fois l’annonce de la suppression des épreuves du bac : « En apprenant qu’ils auraient leur bac sur contrôle continu et qu’ils ne seraient pas notés pendant le confinement, ils se sont démobilisés… En même temps, ils ont aussi leur cours en conservatoire, les autres cours au lycée qui prennent sûrement beaucoup de temps. »

La question du baccalauréat

Emmanuelle Neymarck explique que ses terminales de filière technologique ont d’abord été « très inquiets sur la question du baccalauréat. À l’annonce du contrôle continu, ça a été un soulagement pour beaucoup. Sauf qu’il faut encore qu’on soit vigilants pour que les résultats sur contrôle continu soient le plus approchant possible de ce qu’ils auraient pu avoir au bac. » D’autant que le bac comprenait une épreuve de pratique instrumentale pour laquelle le lycée n’a pas de note : « Dans ces filières, la pratique se fait au conservatoire, qui ne fonctionne pas par note, mais plutôt par compétence. Il faut qu’on travaille avec le conservatoire pour transformer cela en note de pratique. » Joël Bodereau explique aussi manquer de notes. « Je vais devoir donner des notes sur des choses qu’on a fait avant le confinement, indique-t-il. Mais le contrôle continu pose un vrai problème institutionnel pour des élèves qui ne sont pas bons dans les autres matières, qui ne se retrouvent pas dans le cadre scolaire aujourd’hui et qui comptaient sur les épreuves de musique du bac pour avoir leur diplôme, ceux-là risquent de ne pas l’avoir. » D’autres se retrouveront frustrés de n’avoir pas leur bac avec mention, ce que permet souvent d’obtenir les épreuves de musique. « 80 à 90% de mes élèves ont 20 aux épreuves facultatives de musique du bac, or moi je leur mets rarement cette note-à pendant l’année », explique Emilie Desbrières.

Pas de promotion des filières

Le problème majeur du confinement pour ces filières est sûrement ailleurs. Avec la fermeture des établissements, les portes ouvertes, les concerts des formations lycéennes, la promotion de ces filières n’a pas eu lieu. « Or nos postes tiennent au nombre d’élèves qui s’inscrivent. Il faut au minimum 12 élèves pour ouvrir une classe, nous explique Joël Bodereau. Il faut qu’on ait une vingtaine d’élève dans l’option musique de 2de pour espérer en avoir encore 12 qui continuent en 1re. Nous sommes foncièrement inquiets sur cette question du recrutement pour nos filières. » La chose se complique encore pour les filières technologiques, car les élèves doivent également être acceptés au conservatoire pour les intégrer. La diffusion en ligne des vidéos montées pendant le confinement pourrait permettre de faire parler de ces filières, mais cela sera-t-il suffisant ? Si les 3e retournent au collège, leurs enseignants pourraient leur parler de ces filières, mais il n’y a, a priori, pas de rentrée envisagée pour ce niveau.

Quelle reprise ?

Sur la question du retour en cours, la réponse est totalement floue. Le Premier ministre a annoncé qu’une décision sur la reprise des cours en lycée serait prise fin mai. « À titre personnel, oui, j’aimerais reprendre les cours, revoir mes élèves et bien terminer l’année. Mais dans la filière TMD j’ai des élèves qui viennent de Pau, de Nantes, est-ce qu’on va rouvrir les internats ? s’interroge Emmanuelle Neymarck. Et même à la rentrée, est-ce qu’on pourra reprendre la chorale, les instruments à vents ? A priori non… » La question de l’ouverture des internats se pose aussi au lycée Bellevue au Mans, où la fanfare risque, elle aussi, de ne pas reprendre en septembre.

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