« L’ancrage territorial m’intéresse plus que de faire le tour du monde »

Mathilde Blayo 30/04/2020

Nicolas Simon est nommé chef principal de l’Orchestre de Caen à compter de septembre 2020 pour un mandat de trois ans. Un poste qui correspond à ses engagements citoyens.

Quelle est votre histoire avec l’Orchestre de Caen ?

Ma première fois avec cet orchestre, ce fut en avril 2018, en tant que chef invité. Le concert s’était très bien passé, j’avais eu de bons contacts avec les musiciens. J’ai été de nouveau invité la saison suivante, en octobre 2019. C’était une saison de transition, ils n’avaient pas de chef principal et ils testaient, en quelque sorte, d’éventuels futurs chefs. Je me suis tout de suite dit que ça pouvait m’intéresser ! J’aime le profil de l’orchestre, puisque les musiciens sont aussi professeurs au conservatoire de Caen. L’orchestre est vraiment chevillé à l’établissement, il y répète, donne ses concerts dans son auditorium. Les dimensions artistique et pédagogique avancent main dans la main. Ce lien me plait beaucoup.

Que souhaitez-vous développer avec l’orchestre pendant votre mandat ?

La programmation de l’orchestre répond à une thématique artistique qui est aussi celle du conservatoire. On a donc constitué la saison à venir avec plusieurs concerts autour de cette thématique, que je ne peux pas encore dévoiler ! Le premier concert que je dirigerai aura lieu en octobre, a priori. Ce que je souhaite surtout dans mon travail à Caen, c’est m’inscrire dans la continuité de ce que cet orchestre a fait jusqu’à maintenant, depuissoixante-neuf ans. Ce qui va me tenir à cœur de développer, c’est la synergie entre l’orchestre et toutes les personnes qui fréquentent le conservatoire. Au sein de l’orchestre: l’autonomie collective et la responsabilisation musicale toujours plus grande de ses musiciens. Je voudrais faire jouer un large répertoire. Ce que fait déjà cet orchestre avec des concerts de musique de chambre, un festival de musique contemporaine.

L’engagement, la transmission, sont des valeurs importantes pour vous…

C’est essentiel. La volonté de médiation est présente dans tout ce que je fais : l’ensemble La Symphonie de poche, je l’ai créé pour amener la musique ailleurs, pour partager le sens de ce qu’on fait, le rendre accessible. C’est la même chose avec l’orchestre solidaire Philharmonicœur, créé en 2018. La question de l’avenir me hante et, effectivement, ça passe par l’engagement pour la transmission, mais ça va aussi prendre une dimension écologique. Ce poste m’intéresse aussi parce qu’il est à 2h30 en train de chez moi. L’ancrage territorial m’intéresse plus que de faire le tour du monde pour diriger de très bons orchestres.

Vous avez signé la tribune Pour un monde musical écologique et social ». Les questions écologiques doivent être au cœur des préoccupations des orchestres ?

Pour moi, c’est toute une économie des représentations qui est à questionner. Nous, les artistes, fonctionnons encore avec la vision qu’une carrière réussie c’est une carrière internationale, qui se complaît dans la suractivité. Cette suractivité n’est pas nocive culturellement, mais elle l’est écologiquement. Il y a plein de fonctionnements à rééduquer, à repenser. Moi, je ne peux plus avoir ce réflexe de dire oui à un projet qui implique que je prenne l’avion. Je dis « je ne peux pas arriver avant telle heure avec mon train » et si ce n’est pas possible de s’adapter à cela et bien tant pis. Je ferai autre chose, je lirai un livre ! Ça me semble essentiel de travailler à l’échelle d’un territoire. La collectivité de commune de Caen, c’est 80 communes, c’est déjà beaucoup et je préfère faire circuler mon énergie à cette échelle. L’implantation, la réflexion sur un territoire à taille humaine m’intéresse davantage qu’un projet extranational.

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