Série : Ces musiciens qui ont vécu dans l’isolement

André Peyrègne 30/04/2020

#8 : Paganini définitivement enterré… cinquante-trois ans après sa mort. (3)

Au printemps 1844, le cercueil de Paganini arriva à Gênes, sa ville natale. Le musicien était mort quatre ans plus tôt à Nice, le 27 mai 1840, dans la maison où il s’était isolé pour  fuir la police française. L’évêque de Nice, l’estimant hanté par le diable, lui avait interdit toute sépulture en terre chrétienne. Mais le roi Charles-Albert de Piémont-Sardaigne (qui régnait sur Nice à l’époque) avait fini par autoriser l’inhumation à Gênes. Cette autorisation lui avait été demandée par le comte de Cessole, l’ami niçois de Paganini, qui avait fait disparaître son cadavre. (Voir les deux articles précédents). Le comte avait également fait appel au pape mais n’avait toujours pas reçu de réponse.

C’est donc à Gênes qu’eut lieu l’inhumation. Cela se passa aux abords de la ville, à San Biagio, dans le val de Polcevera, dans la petite maison de famille des Paganini.
Mais voilà qu’au bout d’un certain temps, la population commença à s’inquiéter de la présence du « corps du diable ». Les gens se mettent à dire qu’ils voient, la nuit, des manifestations surnaturelles, que des feux follets s’allument. Des vieilles femmes se souviennent que la mère de Paganini, Teresa, racontait autrefois avoir vu le diable en songe, la veille de son accouchement, et que celui-ci lui avait demandé :
« Que veux-tu que devienne ton fils ?
– Qu’il soit le meilleur violoniste du monde, avait-elle répondu !
– Il le sera ! »
Cela n’avait pas de quoi rassurer la population.
Face aux inquiétudes populaires, les autorités estimèrent qu’il fallait donner au musicien une nouvelle sépulture.

La solution vint de... Marie-Louise, ex-épouse de Napoléon, ex-impératrice des Français. Elle était alors duchesse de Parme et avait été proche de Paganini. Quelles avaient été ses relations avec le musicien ? On ne le sait. Elle était de neuf ans sa cadette, avait une admiration pour lui, l’avait nommé directeur de la musique à Parme. Mais avait-elle été son amante comme Elisa, sœur cadette de Napoléon, duchesse de Lucca? Mystère ! (Les relations amoureuses entre Elisa et le violoniste sont le sujet de l’opérette Paganini de Franz Lehar).
Marie-Louise proposa d’accueillir la dépouille du musicien dans le jardin de sa propriété, la villa Gajone, à Parme. Le cercueil fut donc apporté en cette ville que Stendhal a rendue célèbre pour sa chartreuse.    

En 1876, arriva enfin l’autorisation du pape de procéder à une inhumation officielle.
Le corps du Paganini fut donc sorti de la villa Gajone et enterré au cimetière de Parme. Ainsi s’achevaient trente-six ans d’errance de son cadavre.
Enfin pas vraiment !
Car quelques années plus tard, un nouveau cimetière fut ouvert à Parme. Le conseil municipal estima alors que ce nouveau lieu conviendrait mieux à la notoriété du musicien. Paganini y fut donc conduit en grande cérémonie. Des messieurs sérieux dirent, devant son nouveau monument, des choses définitives sur le génie du violoniste.       

Avait-il enfin gagné son repos éternel ?
Pas du tout !
En effet, en 1893, un historien hongrois nommé Ondrizek eut un doute : était-ce bien le corps de Paganini qu’on avait enterré? Il obtint du fils de Paganini qu’on rouvre le tombeau de son père. On procéda donc, précautionneusement, à la macabre opération. On retint son souffle. C’est alors qu’apparurent, au milieu des restes poussiéreux des lambeaux d’habit qui étaient bien ceux du musicien. On était rassuré. Paganini fit ainsi sa dernière apparition publique. On referma le tombeau.

Cinquante trois ans après sa mort, le musicien pouvait enfin dormir en paix.
Sa légende diabolique était enfin enterrée. Quoique !
Des “témoins dignes de foi” (Il y a toujours, en toute circonstance, des “témoins dignes de foi”) signalèrent, quelques années plus tard, qu’à la fin de la cérémonie, était survenu un coup de tonnerre inattendu accompagné d’éclairs. Le diable était-il vraiment mort ?

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