Rima Abdul-Malak, l’autre ministre de la Culture

Antoine Pecqueur 05/05/2020

La nouvelle conseillère culture d’Emmanuel Macron organise au millimètre l’intervention de demain du président.

Alors que le secteur culturel s’exaspère de la faiblesse de la Rue de Valois depuis le début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron a décidé de reprendre les choses en main. La succession de tribunes d’artistes, publiées ces derniers jours, a obligé l’exécutif à réagir. Emmanuel Macron a ainsi publié un tweet samedi 2 mai : « Aux artistes qui se sont exprimés, je veux dire que je les entends… Mercredi j’annoncerai des premières décisions en ce sens. » On ne peut imaginer plus cinglant désaveu pour Franck Riester.

Car depuis le début de la crise du Covid-19, le président fonctionne sur le même modus operandi : il donne dans ses allocutions les grandes lignes de politique générale et ensuite les ministres, secteur par secteur, apportent les précisions qui s’imposent, comme avec Olivier Véran sur la santé ou Bruno Le Maire sur l’économie. Mais sur la culture, le président va lui-même reprendre les rennes. « Il me manque un Jack Lang », avait déjà déclaré Emmanuel Macron en novembre dernier, selon nos confrères du Point. D’autant que la culture semble lui tenir à cœur : dès sa première allocution au début du confinement, mi-mars, Emmanuel Macron avait rappelé l’importance de la culture dans la crise sanitaire. Il est donc maintenant temps de passer du discours aux actes.

L’antithèse de Franck Riester

Le président ne pilote pas seul son intervention de mercredi, il s’appuie sur une personnalité peu connue du grand public : Rima Abdul-Malak. Elle est sa nouvelle conseillère culture, nommée en novembre. Elle avait alors remplacé Claudia Ferrazzi, venue de la villa Médicis de Rome et qui aurait été à l’origine du Pass Culture (inspiré des Bonus cultura italien). Le ratage de ce dispositif aurait grandement contribué à son départ.

Six mois après son arrivée à l’Elysée, Rima Abdul-Malak se retrouve en première ligne. Les postes politiques ne lui sont pas étrangers : elle a été conseillère culture de 2012 à 2014 de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris. Elle apparaît comme l’antithèse de Franck Riester : de sensibilité de gauche, alors que Riester est une figure du centre droit, elle a fait toute sa carrière dans les sphères culturelles (elle a notamment dirigé le pôle musique de l’Institut français et fut attachée culturelle à l’ambassade de France à New York), alors que le ministre a réalisé une trajectoire purement politique, même si investi sur les questions culturelles, comme la première mission de création du Centre national de la musique.  

Dans le contexte de crise actuelle, elle semble bien plus à l’aise pour créer le lien avec le secteur et les artistes. C’est ainsi qu’elle organise le 6 mai pour le président la préparation des annonces des nouveaux dispositifs. Car jusqu’à présent les enveloppes budgétaires ont paru largement sous-dimensionnées. Et surtout les conditions de reprise plus incertaines que jamais. Le rapport d’Audiens, dont nous avons fait l’écho hier, préconise des jauges extrêmement réduites, des dispositifs de protection tant des spectateurs que des artistes extrêmement complexes à mettre en place. D’où ressortent des contradictions : les concerts en plein air sont favorisés, mais en même temps, les instruments à vents, les plus à même de jouer à l’extérieur, sont pointés du doigts en raison de leur projection.

Jusqu’à présent, l’Etat est resté dans le flou, interdisant des grandes manifestations, mais autorisant des petits festivals, alors que sur le terrain un grand nombre de collectivités annulent tout rassemblement… Il lui faut impérativement donner une parole claire, tant sur le calendrier que sur les moyens. Cette intervention est donc un moment décisif pour Rima Abdul-Malak, shadow minister qui pourrait bien par la suite prendre davantage de lumière. Notre confrère Didier Rykner, de La Tribune de l’art, s’interrogeait récemment : « Franck Riester sur le départ ? » La question de sa succession pourrait bientôt se poser. On comptera alors dans les starting blocks une autre femme : la député LREM des Yvelines, Aurore Bergé, rapporteuse du projet de la loi sur l’audiovisuel et chargée d’une mission sur l’émancipation et l’inclusion culturelle.

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