Covid-19 : lancement d’une enquête médicale sur les risques liés aux instruments à vent

Mathilde Blayo 05/05/2020

Emmanuel Bartaire, responsable de la cellule de crise Covid à l’Hôpital Saint-Vincent de Lille, met en place l’enquête Musicovid-1 pour tenter d’établir les risques de la pratique de certains instruments face au Covid-19. En fin d’article, La Lettre du Musicien donne accès au questionnaire médical.

Quelle est l’origine de cette enquête ?

Je soigne beaucoup de musiciens en tant qu’ORL et suis musicien moi-même. J’ai été sollicité par plusieurs personnes qui se demandent comment ils vont faire pour reprendre leur activité artistique. J’ai alors commencé par regarder quels étaient les écrits dans la littérature scientifique sur le rapport entre virus et instrument à vent, mais il n’y a rien. Beaucoup de personnes se posent des questions, dans les conservatoires, les orchestres, les médecins du travail mais aussi dans la facture instrumentale. Je suis en contact régulier avec Buffet Crampon qui se demande comment sécuriser le parcours d’un instrument pour qu’il soit propre, désinfecté et commercialisable. Il y a une équipe allemande, de l’université de Fribourg, qui travaille aussi sur cette question et avec laquelle je suis en contact. L’enquête que nous lançons est une enquête préliminaire sur la question du risque de diffusion du virus avec les instruments à vent. 

Quel est son objectif ?

Cette enquête est un balayage rapide, une première approche qui doit observer la proportion de malade chez les enseignants d’instrument à vent ou de chant par rapport à ceux qui n’utilisent pas le souffle. Le tableau, que nous demandons aux directeurs de conservatoire de remplir, doit permettre de voir si dans les derniers mois il y avait plus de malades dans les rangs des professeurs d’instrument à vent ou de chant que pour les autres enseignants. C’est une enquête exploratoire pour laquelle on espère des retours rapides. 

En parallèle on pourrait s’appuyer sur les travaux de l’équipe allemande qui va diffuser des recommandations qui nous semblent prudentes et sensées. On aimerait aussi faire des recommandations mais tout ceci est très évolutif en fonction de la quantité de virus qui circule dans la population. On a pu voir que dans certains orchestres les cordes reprennent sans les vents, ce n’est pas forcément une mauvaise idée dans un premier temps. Pour ce qui est de jouer derrière une séparation pour les vents, cela aura sans doute un impact sur le son. On a aussi parlé de flux laminaire, un souffle qui guiderait les aérosols, mais ce type d’installation fait beaucoup de bruit. On en est là pour le moment.

Il faut voir que le risque sera d’autant plus faible que la circulation du virus sera faible. Il serait étonnant que l’orchestre de Strasbourg, en zone rouge, ait les mêmes recommandations que celui de Toulouse. Celles-ci doivent être variables selon la région et son exposition au virus. 

Pour le moment que savons-nous du risque ? 

Il faut faire attention à ne pas faire d’approximation scientifique. Un directeur de conservatoire m’a effectivement dit qu’il avait trois malades dans son établissement : un professeur de trombone, un de tuba, un de trompette. On a aussi un exemple aux États-Unis : une chorale a répété à 60 personnes, dans un comté où il y avait très peu de circulation du virus. Une semaine après, 40 des choristes étaient atteints. Il faut malgré tout faire attention à ne pas abuser de ces rapprochements, trop faciles scientifiquement. 

Les cordes vocales produisent effectivement des aérosols qui sont les principaux conducteurs du coronavirus. Pour les instruments à vent on n’en est pas sûr. Pour qu’il y ait des aérosols il faut qu’il y ait de l’air qui passe dans une fente, de préférence humide : c’est probablement ce qu’il se passe entre les lèvres sur un instrument à vent. Mais il faut rester prudent. On peut vite s’alarmer sur quelque chose, qui probablement existe, mais on ne sait pas dans quelle mesure. 

Des problèmes se posent aussi pour les autres instruments : comment accorder le violon de son élève ? En posant le masque sur le violon quand on l’accorde ? Faut-il désinfecter le clavier de piano après chaque élève ? Les professeurs d’instrument à anche double touchent souvent aux anches de leurs élèves… Sur la question des anches, l’élément rassurant qu’on a d’ores et déjà c’est qu’un instrument, ou une anche, laissée dans un endroit propre pendant 6 jours n’hébergera plus de virus viable. Ce qui est rassurant pour les luthiers qui peuvent faire essayer leurs instruments s’ils respectent ce délai.

 

Le lien pour télécharger le questionnaire Muscovid-1

https://www.lalettredumusicien.fr/download_public/Fichiers/Questionnaire-conservatoire-et-ecoles-de-musiques.xlsx

 

Une fois le tableau rempli, ou si vous avez des questions, vous pouvez l’adresser à l’adresse suivante : covid.musiciens.recherche@gmail.com

Si vous êtes au courant d’un instrumentiste à vent qui tombe malade d’une forme pulmonaire de COVID, merci de lui demander s’il en est d’accord de contacter à la même adresse email covid.musiciens.recherche@gmail.com. L’équipe scientifique est suceptible de pouvoir travailler avec lui sur la diffusion des particules virales.

Par ailleurs, si vous avez des problématiques spécifiques au COVID dans vos écoles de musique, Musicovid-1 est en train de les collecter pour tenter d’essayer de structurer les problèmes et de trouver des de réponses en vue de la rédaction de recommandations pour les écoles de musiques et conservatoires. Vous pouvez les faire remonter à la même adresse covid.musiciens.recherche@gmail.com

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