La musique se réinvente à l’image

Antoine Pecqueur 06/05/2020

Lorsque nous avons décidé de consacrer ce numéro au cinéma, les salles obscures étaient encore ouvertes et le Festival de Cannes devait se dérouler du 12 au 23  mai. C’était le monde d’avant. Depuis, le Covid-19 est venu tout bouleverser. Outre le drame sanitaire et la crise économique qu’elle a provoqués, cette pandémie a mis à plat le paysage culturel.

Nous consacrons de nombreux articles de ce numéro à ses conséquences sur la filière musicale, depuis la fabrication d’instruments jusqu’au quotidien des interprètes et des compositeurs. Le Covid-19 change en profondeur nos pratiques culturelles. La musique a dû se réinventer en ligne par le biais de l’écran. Concertistes comme orchestres utilisent la vidéo à la fois pour prolonger le lien avec le public et par nécessité artistique. Le besoin vital de se produire malgré tout.

Cela prouve, une fois de plus, que musique et image peuvent se marier à la perfection. Pendant trop longtemps, les musiciens français ont eu une forme de mépris pour le septième art, avec l’idée que la musique ne s’apprécie qu’en concert. C’était méconnaître un pan entier de l’histoire, les plus grands compositeurs, de Saint-Saëns à Chostakovitch, ayant écrit des partitions pour l’écran.

Fort heureusement, la situation évolue depuis quelques années, pour plusieurs raisons. La première est l’indispensable renouvellement du public. La programmation de ciné-concerts, rendue possible grâce aux évolutions techniques, permet de toucher un public souvent plus jeune et plus mêlé socialement, qui pourra ainsi prendre goût à l’expérience symphonique et revenir assister à un concert de musique “pure”. La seconde est économique : face au repli des subventions, les phalanges cherchent à varier leurs ressources. En plus des ciné-concerts, l’enregistrement des bandes originales peut se révéler lucratif. Sur ce terrain, orchestres subventionnés et formations privées se font concurrence.

Cet essor, encore récent, passe indéniablement par l’enjeu de la formation. Le métier de compositeur se diversifie de plus en plus vers la musique à l’image, qui inclut également la publicité et les jeux vidéo. Vous découvrirez dans ce numéro le parcours d’un jeune compositeur sous la forme d’un article dessiné. Une première dans La Lettre du Musicien, où alterneront désormais, suivant les thèmes, reportages photographiques et bandes dessinées.

Si la musique apporte énormément à un film, sur le plan de la narration, du rythme, de l’atmosphère, l’inverse est aussi vrai. Des chefs-d’œuvre du septième art – de Mélo d’Alain Resnais à La Double Vie de Véronique de Krysztof Kieslowski, en passant par les biopics de compositeurs (Amadeus de Milos Forman en tête) – mettent en scène la vie des musiciens et interrogent le geste artistique. Mettons à profit le long déconfinement qui s’annonce en prolongeant la lecture de ce numéro avec ces pépites cinématographiques.

 

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