Denis Dercourt, réalisateur et altiste

Fils d’un producteur de télévision et d’une amatrice de piano, Denis Dercourt a toujours été accompagné par le cinéma et la musique. Au départ, c’est l’univers sonore qui l’attire le plus. Très vite, il se met au violon, avant de le troquer contre l’alto.

Mais il ne regrette rien : « L’alto est un instrument extraordinaire ! N’oublions pas que Bach et Mozart en jouaient. » Même si ses cours au conservatoire lui prennent beaucoup de temps, pour rien au monde il n’aurait manqué les séances de cinéma avec son père. Depuis petit, cette salle obscure à l’ambiance feutrée est « son milieu naturel ». Et comme l’histoire est bien faite, c’est dans une salle de cinéma que son désir de devenir musicien professionnel prend vie. 

Le film Fame d’Alan Parker sort en 1980.Aujourd’hui encore, une scène marque son esprit. Une jeune fille ouvre une porte dans un conservatoire de New York et tombe sur deux frères russes en pleine répétition d’une sonate de Brahms. Quelques années plus tard, le jeune altiste jouera Brahms avec un pianiste russe. « Comme quoi, dans la vie, quand on veut réellement quelque chose, on finit toujours par y arriver. »

« Un touche-à-tout. » Voilà comment son amie de longue date, la violoncelliste Diana Ligeti, le perçoit. À 20 ans, le jeune Parisien part faire son service militaire à Chaumont-sur-Marne. « Pas du tout, du tout, un milieu de musiciens », commente-t-il en riant. Très vite arrive l’ennui. Il décide de prendre des cours de droit par correspondance et tente le concours de Sciences Po, qu’il réussit. Tout en étudiant, il continue le conservatoire. Il est alto solo à l’Orchestre symphonique français (1988-1993) avant d’enseigner la musique de chambre au Conservatoire de Strasbourg, où il continue d’exercer aujourd’hui. Mais pourquoi s’arrêter là ?
À cette époque, il écrit aussi des poèmes et des nouvelles. Puis l’aventure cinématographique commence. En compagnie de son frère, étudiant ingénieur du son, il fait quelques films et se fait remarquer en 1998 avec son premier long métrage, Les Cachetonneurs. À partir de là, tout s’enchaîne. « Contrairement à la musique, où il faut monter marche après marche pour réussir, avec beaucoup de rigueur et d’autodiscipline, au cinéma, c’est beaucoup plus simple. Le succès peut arriver très vite. » À Berlin, où il vit désormais avec femme et enfants, Denis Dercourt peut enfin créer ses propres récits, comme réalisateur et scénariste.

Mais la musique n’est jamais bien loin. Mes enfants ne sont pas comme les autres (2003) ou La Tourneuse de pages (qui rencontrera un immense succès à Cannes en 2006) en sont la preuve. « En plus de parler de musique, il conçoit ses films en chef d’orchestre », confie Diana Ligeti. Demain dès l’aube est celui qu’elle préfère : « La scène du lever de soleil est une véritable partition picturale. » Et ce n’est pas Denis Dercourt qui la contredira : « C’est vrai que j’ai une écriture qui se rapproche de la composition musicale. Je travaille beaucoup sur le rythme, je fais en sorte que l’accord ne se résolve jamais, c’est ce qui maintient la tension dans mes films. » Dans la réalisation, il trouve ce que la musique n’a jamais pu lui apporter : « J’ai toujours préféré être créateur qu’interprète. Enfant, je voulais devenir compositeur. Je n’en ai jamais eu le talent. »
Le cinéma lui a permis de s’exprimer, mais son amour pour la musique reste intact. Il le sait : « Les hommes ont toujours eu besoin de récits et de musique pour vivre. Aujourd’hui peut-être plus qu’avant. 

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