Jazz et septième art

Barbe broussailleuse et flamboyante, carrure de rugbyman, il a une gueule, Thomas de Pourquery ! Véritable électron libre dans le monde du jazz, le saxophoniste (et excellent chanteur), membre du collectif des Falaises – le squat d’artistes de Montmartre –, est aussi le fondateur du sextet Supersonic. 

En 2014, il décroche une Victoire du jazz pour son disque en hommage à Sun Ra, avant d’être élu en 2017 meilleur artiste de l’année. Depuis sept ans, Il multiplie les apparitions au cinéma.

Confinement oblige, impossible de rencontrer Thomas de Pourquery en chair et en os, on se contente d’un rendez-vous par téléphone.

Sa voix profonde et son éloquence naturelle donnent envie, même au bout du fil, de l’écouter pendant des heures nous raconter ses histoires.

Celle de son entrée dans le monde du 7e art est, comme l’essence de sa musique, une grande improvisation : « Au départ je n’avais pas spécialement le désir de faire du cinéma, dit-il en s’amusant, j’adore les films, mais je n’ai jamais eu envie de devenir acteur. » Tout a commencé en 2013 avec Il est des nôtres de Jean-Christophe Meurisse : « Je venais d’assister à un spectacle des Chiens de Navarre [la compagnie de J.-C. Meurisse], et il était à la recherche du premier rôle pour son moyen métrage, se souvient le jazzman. Il voulait quelqu’un qui soit “vierge”, qui n’était pas acteur. » S’étant laissé convaincre, le voilà embarqué dans le tournage d’un film déjanté, où Thomas, un ermite des temps modernes, a décidé de ne plus jamais sortir et vit dans une caravane installée dans un hangar. Dans cet espace confiné s’organisent des fêtes dionysiaques. « Ce qui m’a touché chez les Chiens de Navarre, c’est que ce sont des rockeurs du cinéma : ils improvisent à l’intérieur du scénario. » Cette improvisation perceptible à l’écran produit une sincérité troublante : on est tour à tour hilare, ému, gêné. « Les acteurs sont totalement responsables de leurs textes, observe Thomas de Pourquery. Cette écriture de plateau permet au réalisateur de pêcher des instants de scènes très vivants. Chaque jour de tournage était incroyable et épuisant ! »

En 2016, il récidive avec Jean-Christophe Meurisse dans Apnée, un long métrage révélé à la 55e Semaine de la critique du Festival de Cannes. Dans ce film iconoclaste – une sorte de road movie en quad –, les personnages, en quête de respiration face à une société asphyxiante, quittent Paris à la recherche d’un avenir plus accueillant. On retrouve Thomas prenant la pause en Bacchus, grappe de raisin sur la tête. Après cela, les films s’enchaînent. Il joue notamment dans La Loi de la jungle d’Antonin Peretjako (avec Vimala Pons et Vincent Macaigne) – « un tournage hors du commun en Guyane » – et Selfie, une comédie avec Blanche Gardin. Si le monde du cinéma a ouvert ses portes à Thomas de Pourquery, celui-ci sait où se trouvent ses racines : « Je me sens musicien, c’est vraiment mon métier et mon artisanat, que je peaufine avec force et bonheur. »

Quand on lui demande ce qu’il aime dans le travail d’acteur, il nous répond sans hésiter : « C’est de pouvoir devenir moi-même un instrument. »

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