Pôles supérieurs : quelles solutions pour les épreuves de fin d’année ?

Fanny Guyomard 06/05/2020

Avec le confinement, l’organisation des examens et des concours d’entrée dans les établissements est chamboulée. Chacun réfléchit à la manière de les maintenir en préservant une valeur essentielle : l’équité.

En ces temps de confinement, les pôles d’enseignement supérieur de la musique, qui préparent à un parcours professionnel, doivent composer avec une situation inédite, car les concours d’entrée et les examens de fin de cursus, qui devaient se tenir en mars ou avril, n’ont pas pu avoir lieu. Les établissements, qui ont dû physiquement fermer leurs portes, se réfèrent à l’ordonnance du 27 mars, qui demande que les épreuves soient maintenues et adaptées, en remplaçant, par exemple, le présentiel par des épreuves à distance. Sans plus de précisions : le ministère donne le ton général ; aux différentes commissions et aux directeurs d’établissement d’écrire la partition. Mais une partition aux multiples altérations, car se pose la question de l’égalité de traitement des candidats et des étudiants : ils ne disposent pas du même matériel.

Emploi de la vidéo

Au pôle Aliénor de Poitiers et Tours, le concours se fera à distance. Les candidats envoient des vidéos « de bonne qualité », qui n’ont fait l’objet d’aucun montage, datant d’une période donnée, et où ils sont clairement identifiables. La deuxième étape est l’entretien avec le jury, « face à la caméra dans une pièce vide », pour reconstituer les conditions habituelles. Entre un quart d’heure et trente minutes (selon le type de cursus) avant le rendez-vous, les candidats reçoivent l’épreuve complémentaire par courriel, « afin de pouvoir la préparer dans des conditions équivalentes à un concours en présentiel ».

Mais l’exercice comporte des limites : comment noter un pianiste confiné chez ses parents avec un instrument qui n’a pas pu être accordé ? Et l’organiste qui n’a tout simplement pas d’instrument ? Le percussionniste, qui n’a pas son jeu de timbales complet, a certes eu le droit de changer de programme, mais de ce fait aura eu moins de temps qu’un autre pour se préparer.

Inégalités

Les pôles supérieurs sont confrontés au fait que l’équité se joue dans la performance en direct, mais aussi pendant tout le temps de préparation, et que le confinement distingue ceux qui ont pu s’entraîner dans de bonnes conditions de ceux qui sont restés dans leurs neuf mètres carrés ou avec les frères et sœurs qui ont besoin de silence pour suivre l’école à la maison. Se pose aussi la question du matériel vidéo et de la connexion internet. Ce n’est pas une question nouvelle, pour l’École supérieure musique et danse Hauts-de-France (ESMD) à Lille : les années précédentes, les candidats en musique actuelle devaient déjà fournir une production enregistrée, en complément d’une audition sur place. « On permet aussi à nos étudiants de réaliser des vidéos pour leur insertion professionnelle. Mais on le fait avec les moyens de l’établissement, car aujourd’hui certains étudiants confinés sont mieux équipés que d’autres », observe le directeur Bruno Humetz.

Report

Pour écouter dans les conditions réelles, une option est de repousser les auditions fin juin, par exemple, après un éventuel déconfinement. Mais, là encore, un bémol : trouver des locaux, quand les pôles supérieurs n’en ont pas, puisqu’ils sont hébergés par des CRR, qui doivent, eux aussi, organiser des auditions. Le mois de juillet serait une solution plus sûre ? « Pas vraiment, car nous n’avons pas d’assurance sur les conditions de transport des étudiants qui viennent de l’étranger et qui représentent 10-15 % de nos effectifs », pointe Bruno Humetz. Et ce ne serait pas très juste d’écouter une partie des élèves en présentiel et une autre en vidéo. Le mois d’août n’est pas exclu, pour Pierre-Marie Quéré, président de l’Association nationale d’établissements d’enseignement supérieur de la création artistique arts de la scène ­ (Anesca) : « Toutes les options sont envisagées. »

Décaler à la rentrée ?

L’idée de décaler les évaluations au mois de septembre n’a pas les faveurs de ­l’ESMD et du pôle supérieur de ­Paris-Boulogne-Billancourt (PSPBB). « L’équipe administrative n’aurait pas le temps de préparer la rentrée, si elle commence le 1er octobre, et elle ne peut pas vraiment préparer les dossiers en amont. Ce serait également compliqué pour les étudiants qui devraient déménager en très peu de temps », note Laurent Gardeux du PSPBB, qui attend pour la rentrée une cinquantaine de nouveaux étudiants en musique. Faudrait-il retarder la rentrée ? « On a du mal à imaginer une année blanche… », déclare Bruno Humetz, de l’ESMD. À l’Institut supérieur des arts de Toulouse, on a peut-être trouvé les dates : du 25 juin au 4 juillet. « Mais sans doute pas en présentiel », signale la directrice des études musique, Nadine Laurens. Parmi les 106 candidats, 25 maximum seront retenus.

Contrôle continu

Les auditions ne permettant pas de mesurer le travail du candidat à sa juste valeur, en raison des contraintes techniques pendant et avant la performance, certains établissements font le choix de les annuler. Du moins, les auditions qui ponctuent les trois années de cursus. C’est ce que fait Lille, pour prendre en compte le fait que les étudiants ne se sont pas entraînés dans les mêmes conditions. La tenue d’un récital de fin d’année n’est pas exclue, mais il ne serait pas évalué.

Dans le cas où les auditions seraient maintenues, les établissements pensent mettre l’accent sur les autres épreuves. L’entretien avec le jury, par exemple, « sera plus complet, plus soutenu que d’habitude », rapporte l’Anescas. Le candidat ou l’étudiant pourra parler des conditions dans lesquelles il s’est préparé pendant le confinement et faire connaître les difficultés qu’il a rencontrées. Les évaluateurs pourront donner plus de poids au contrôle continu, voire à l’assiduité des étudiants. Période de confinement incluse, car le musicien continue à rendre des devoirs.

Là encore, les évaluateurs sont à l’écoute des difficultés vécues par chacun : « On est sensibilisés à la fracture numérique et on a de la chance, car l’effectif réduit des classes permet de suivre individuellement chaque étudiant », souligne Pierre-­Marie Quéré. Des fonds sont avancés pour les boursiers, les professeurs sont plus indulgents si un devoir n’est pas rendu dans les temps, les cours sont partagés en ligne pour ceux qui n’ont pas pu y assister…

Plus de questions que de réponses

Mais tout inventifs qu’ils soient, les établissements sont parfois obligés de faire l’impasse sur certains exercices : alors qu’elle était déterminante pour entrer au PSPBB, l’épreuve de musicologie de la  Sorbonne du 2 5 avril a été supprimée. L’admission est alors attribuée de manière automatique. « De toute manière, à peu près 99 % des candidats réussissaient le test », tempère le directeur.

Bref, chaque établissement s’organise et réfléchit encore aux modalités de tenue des concours et examens. « Pour le moment, il y a plus de questions que de réponses », résume Pierre-Marie Quéré, qui, comme ses collègues, suit les informations données au compte-gouttes par le gouvernement et attend le 11 mai, date à laquelle l’État fera le point sur le déconfinement. Dans tous les cas, les pôles supérieurs devront prévenir les étudiants et candidats au moins deux semaines avant le début des épreuves.

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