Dumistes et confinement : une continuité pédagogique qui pose question

Marie Tranchant 06/05/2020

Depuis le 16  mars, les musiciens intervenants sont privés de liens avec les élèves qu’ils suivaient. Alors que certains continuent le travail à distance, d’autres perdent des contrats. La question de la reconnaissance du métier devra être à l’ordre du jour après la crise.

Perrine Sauvage n’a pas attendu qu’on lui dise le 16  mars que, l’école fermée, son activité était suspendue. Dumiste (titulaire du diplôme universitaire de musicien intervenant) dans le département du Rhône depuis 2005, avec de nombreux employeurs, elle a pris les devants. « J’ai mis en place le dispositif pédagogique avec les équipes. J’ai pris la démarche à l’envers : d’abord, j’ai créé un dispositif, et après j’ai eu l’aval des collectivités. » Tous ont accepté ses propositions de suivi pédagogique.

D’autres n’ont pas pu maintenir toutes leurs heures et, même si les trois quarts des musiciens intervenants (MI) sont agents de la fonction publique, les vacataires, les auto-entrepreneurs ou ceux qui travaillent avec des associations se retrouvent dans des « situations compli­quées, voire critiques », souligne Alexandre Martin, coprésident de la Fédération nationale des musiciens intervenants (Fnami). Il a notamment eu vent d’une dumiste qui a vu son contrat avec une mairie interrompu. Quelques autres cas lui sont revenus aux oreilles.

Les dumistes ont, en tout cas, dû s’adapter car, comme le rappelle Camille ­Falgoux, MI dans la Nièvre, « c’est un métier de contact ». Transmission de contenus, suivi de projets, tout est à revoir, car les liens avec les élèves ne passent que par les enseignants. « Les retours après plusieurs semaines de travail à distance sont assez mitigés, regrette Julie Ho, en région parisienne. Ils mettent encore plus au jour les inégalités des enfants face à leurs ressources éducatives : la situation n’est pas comparable pour un enfant dont les parents possèdent non seulement les équipements, le temps, mais surtout “la culture de l’école”, ses codes, et ceux pour lesquels ça n’est pas le cas. »

Des projets en attente

La fin d’année devait également être le moment des restitutions de projets préparés tout au long de l’année. Tout est en suspens. « J’ai ressenti beaucoup de frustration, avoue Camille. Nous devions organiser un festival pour la cinquième année, et tout ce qu’on avait mis en place s’effondre. » Dans l’attente, les musiciens intervenants profitent parfois de ce moment pour réfléchir aux projets de l’année prochaine, remplir des dossiers de subventions, relancer un réseau qui est au cœur de leurs collaborations.

Après la crise viendra le temps du « débriefing », prévient Vincent Huteau, représentant des dumistes au Snam-CGT pour le Nord : « Cette façon de fonctionner doit être réservée à cette période, il ne faudrait pas, ensuite, qu’on nous dise qu’on peut faire notre métier à distance. » À la Fnami, le débat est aussi lancé sur la reconnaissance du métier : à l’obligation de résultat (concert, représentation…), les dumistes répondent que leur cœur de métier est avant tout l’apprentissage. En cas de crise, c’est bien cette notion qui doit perdurer.

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